Le récit de La femme du gardien du zoo était digne de La liste de Schindler. Malheureusement, il en ressort un film mièvre, néanmoins sauvé par une solide distribution, avec Jessica Chastain en vedette.

La femme du gardien du zoo: manque de doigté **1/2

CRITIQUE / Dans mon calepin de notes, j'avais un préjugé favorable pour La femme du gardien du zoo (The Zookeeper's Wife). Parce qu'il y a la talentueuse Jessica Chastain en tête d'affiche d'un projet qui lui tient à coeur depuis quelques années. Mais, surtout, pour son incroyable récit, digne de La liste de Schindler (Spielberg, 1993). Or, un tel sujet demande beaucoup de doigté. Et, malheureusement, Niki Caro a eu la main très lourde...
Le drame, basé sur des faits réels, débute à Varsovie à l'été 1939. Antonina (Chastain) et Jan Zabinska (Johan Heldenbergh) coulent des jours heureux dans leur zoo - on a droit à de superbes et rigolotes images d'animaux. Jusqu'à ce que pleuvent les bombes nazies, qui déciment le lieu. Lutz Heck (Daniel Brühl) se présente en sauveur potentiel et transfère les plus beaux spécimens qui ont survécu au zoo de Berlin.
Comme il convoite aussi Antonina, il accepte la proposition du couple d'élever des porcs pour maintenir leur zoo en activité. Ils en profitent pour faire sortir des Juifs de l'infâme ghetto de Varsovie et les dissimuler dans leurs installations au nez et à la barbe des Allemands avant que les persécutés puissent prendre la fuite grâce à un réseau de passeurs.
Leurs actes subversifs de compassion servent, évidemment, d'éléments de suspense. Vont-ils être découverts? Le film d'époque s'appuie massivement sur l'humanisme d'Antonina et sa soumission feinte à Heck, qui joue avec sa proie. Il y a aussi un intéressant parallèle avec la supposée supériorité de la race aryenne dans la volonté du zoologiste nazi de recréer les aurochs par manipulation génétique. Mais c'est bien mince...
La réalisatrice néo-zélandaise a une solide réputation. La légende des baleines (2002) lui vaut une flopée de nominations. Le vent du Nord (2005), son premier long aux États-Unis, obtient deux nominations aux Oscars. Et ainsi de suite. 
Niki Caro n'a toutefois pas réussi à imprimer sa griffe sur La femme... Sa réalisation appuyée - les gros plans à répétition des larmes d'Antonina, par exemple - ne se distingue en rien et elle livre un film un peu trop léché pour son sujet. Un peu moins de mélo aurait aussi fait le plus grand bien.
Vrai que le scénario mal ficelé d'Angela Workman, basé sur le livre de Diane Ackerman, n'aide pas. Il y a des incohérences difficiles à avaler et des raccourcis, surtout pour un récit basé sur une histoire vraie. Les dialogues sont pauvres. On tombe aussi dans la caricature des soldats nazis, en particulier Lutz Heck en méchant unidimensionnel. 
Daniel Brühl (Rush) fait ce qu'il peut pour transcender son personnage, mais il manque de matériel. Johan Heldenbergh (Alabama Monroe) a un peu plus de chance d'exprimer son talent avec ses bouleversantes incursions dans le ghetto. 
Jessica Chastain a évidemment la part du lion. L'actrice américaine, nommée aux Oscars pour Opération avant l'aube (Kathryn Bigelow, 2012), réussit à bien rendre la gamme d'émotions qui agitent Antonina, de sa peur du prédateur Heck jusqu'à son amour des animaux, en passant par sa compassion pour ses semblables.
En fait, cette solide distribution permet d'éviter que La femme du gardien du zoo soit un réel gâchis. Entendons-nous : ce n'est pas la catastrophe. On sort cependant déçu - un tel sujet aurait mérité un bien meilleur sort que ce film mièvre.
Au générique
Cote: **1/2
Titre: La femme du gardien du zoo
Genre: drame historique
Réalisatrice: Niki Caro
Acteurs: Jessica Chastain, Johan Heldenbergh et Daniel Brühl
Classement: général
Durée: 2h04
On aime: la leçon d'histoire, la solide distribution
On n'aime pas: le mélo, les invraisemblances, l'ensemble mal ficelé