Catherine (Kelly Depeault) va trouver une âme sœur en Keven (Robin L’Houmeau).
Catherine (Kelly Depeault) va trouver une âme sœur en Keven (Robin L’Houmeau).

La déesse des mouches à feu: lumineux, mais convenu *** [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / La déesse des mouches à feu s’avère l’un des films québécois de l’automne, porté par sa présence à Berlin en février et le succès du roman de Geneviève Pettersen. Anaïs Barbeau-Lavalette livre un récit initiatique lumineux et réaliste, mais qui souffre de son manque d’originalité.

Sans rien enlever aux qualités évidentes de la réalisation et de la véracité de l’interprétation, on se questionne sur la pertinence d’adapter un récit somme toute anecdotique et vu de nombreuses fois au grand écran. Si ce n’est qu’il met en vedette un personnage féminin.

Catherine (la déesse du titre), interprétée par Kelly Depeault, vit mal la séparation tumultueuse de ses parents. Ado timide et tranquille, elle va s’acoquiner avec les petits bums de sa polyvalente.

À commencer par Pascal (Antoine Desrochers), qui a un air à la Kurt Cobain — le récit se déroule pendant les années grunge, à Chicoutimi. Catherine va ensuite se lier d’amitié avec Marie-Ève (Éléonore Loiselle) et Keven (Robin L’Houmeau), développant au passage un goût immodéré pour la consommation de mescaline et découvrant sa sexualité (les scènes d’amour sont franchement réussies).

Cette métamorphose de la période ingrate, alors qu’on a encore un pied dans l’enfance et l’autre dans l’âge adulte, s’avère le cœur du récit de La déesse…

La cinéaste a, ici, un parti-pris esthétique de ne pas porter de jugement ni se perdre en explications. Mais en enrobant son héroïne de «belles» images, Anaïs Barbeau-Lavalette fait deux choses : d’une part, elle cautionne le comportement de Catherine comme étant sans gravité et, d’autre part, elle le glorifie. C’est une vision romantique de la délinquance et de la dépendance, sans les malversations, trahisons et déchéances qui viennent avec.

Nous sommes loin de Drugstore Cowboy (Gus Van Sant, 1989) et de bien d’autres, encore plus de L’amour au temps de la guerre civile (Rodrigue Jean, 2014), voire de Moi, Christiane F., droguée et prostituée (Uli Edel, 1981) auquel La déesse... fait clairement référence (la prémisse est la même).

En soi, l’approche semble plaire puisque le long métrage a été invité à la Berlinale dans une section parallèle et vient tout juste de remporter le Grand prix du Festival de Québec (FCVQ).

Mais le film souffre néanmoins de ses nombreuses répétitions et d’une faiblesse de la progression dramatique. Les séquences de consommation de Catherine et ses amis finissent par lasser. D’autant qu’elles ne contribuent pas à établir avec force son enjeu sous-jacent : jusqu’où l’ado va-t-elle descendre ? La réalité la rattrapera, mais par la bande.

L'action se déroule pendant les années grunge, à Chicoutimi.

Autre source d’agacement : la «violence» entre ses parents ne nous est pas apparue crédible malgré les efforts de Normand D’Amour et de Caroline Néron, qui effectue un surprenant retour au grand écran.

Reste que, justement, La déesse… peut compter sur l’investissement de ses interprètes et la direction éclairée de la réalisatrice, notamment avec les jeunes acteurs. Ils sont tous d’un naturel confondant, à commencer par Kelly Depeault, qui révèle un réel magnétisme et un regard qui transperce l’écran (une grande qualité pour un interprète au cinéma).

La représentation de la réalité d’une ado qui déploie ses ailes touche la cible, nul doute.

Au générique

Cote : ***

Titre : La déesse des mouches à feu

Genre : Drame

Réalisatrice: Anaïs Barbeau-Lavalette

Acteurs : Kelly Depeault, Caroline Néron, Normand D’Amour, Éléonore Loiselle

Durée : 1h46