La communauté se concentre sur les affaires de coeur d'un couple usé par les années (Trine Dyrholm et Ulrich Thomsen), qui met du piquant dans sa routine en vivant l'expérience d'une commune.

La communauté: triangle amoureux bizarre **1/2

CRITIQUE / La carrière cinématographique de Thomas Vinterberg évolue en dents de scie. Et il semble être sur une mauvaise pente avec Loin de la foule déchaînée (2015) et cette Communauté (Kollektivet), qui manque de tension dramatique et d'originalité. Dommage parce que l'idée de départ était porteuse. Mais le réalisateur danois n'a pas su la concrétiser comme il l'avait brillamment fait avec Festen (1998).
Dans une veine autobiographique, La communauté s'attarde au destin d'Erik (Ulrich Thomsen), un professeur d'architecture, d'Anna (Trine Dyrholm), une chef d'antenne à la télévision, et Freja (Martha Sofie Wallstrøm Hansen), leur fille de 14 ans. Le couple hérite d'une immense maison dans un quartier huppé de Copenhague. Erik veut vendre la maison trop vaste où il a grandi alors qu'Anna veut en profiter pour vivre une nouvelle expérience communautaire afin de mettre du piquant dans leur routine.
D'abord hésitant, Erik cède au désir de sa femme. Amis et nouvelles connaissances viennent s'installer, non sans s'être soumis au vote - toutes les décisions sont prises collégialement. Cette bande hétéroclite évolue sous le regard mi-amusé mi-intrigué de Freja, pour qui l'expérience fait figure de rite de passage à la vie adulte. 
Mais les fondations vont rapidement se détériorer lorsque le prof tombe amoureux d'Emma (Helene Reingaard Neumann), sa blonde étudiante de 23 ans. D'autant que la femme trompée demande au groupe d'accepter la nouvelle flamme d'Erik parmi eux... Ce qui va semer, on s'en doute, la zizanie.
Si Vinterberg a su éviter les pires clichés de la commune, il ne s'agit pas d'un retour à la terre avec des fleurs dans les cheveux, loin de là, sa variation sur le triangle amoureux est d'une terne banalité, en plus d'être très prévisible.
En se concentrant sur les affaires de coeur du couple usé par les années, le réalisateur délaisse sérieusement les personnages secondaires. On a l'impression qu'ils ne servent que de faire-valoir. Dommage parce que le portrait esquissé laisse voir des possibilités dramatiques que Vinterberg échoue à matérialiser. Notamment du côté de la lucide Freja, dont l'idylle naissante avec un garçon plus vieux est expédiée en quelques scènes. Vinterberg aurait dû pousser plus loin ou laisser tomber...
D'ailleurs, se réalisation, plus conventionnelle, ne montre pas le mordant habituel. Il y a notamment quelques gros plans racoleurs auxquels Vinterberg, qui préfère habituellement une saine distance, ne nous a pas habitués.
D'une certaine façon, La communauté marque, avec Loin de la foule déchaînée, un écart avec l'esthétique naturaliste de ses films précédents, l'excellent Submarino (2010) et le percutant La chasse (2012). Il ne s'agit pas d'une rupture dramatique, mais on sent une volonté de rendre la forme plus accessible à un large public.
Impossible de lui reprocher, c'est seulement que Vinterberg ne semble pas encore totalement à l'aise avec l'idée. Ça lui permet toutefois d'avoir de bons flashs pour ponctuer son propos. Comme ouvrir l'action avec Join Together des Who et la terminer avec Goodbye Yellow Brick Road d'Elton John, deux chansons très appropriées de l'époque où se déroule le film.
Mais La communauté s'avère une petite déception pour un réalisateur de cette envergure, régulièrement invité dans les grands festivals. Au moins, sa direction d'acteurs est, comme d'habitude, remarquable. 
La chasse avait valu le prix d'interprétation cannois à Mads Mikkelsen à Cannes, La communauté a valu l'Ours d'argent berlinois de la meilleure actrice à Trine Dyrholm. Il y a du Gena Rowlands de ses magnifiques années avec Cassavetes dans sa bouleversante performance d'une femme qui perd pied. C'est déjà beaucoup, mais j'aurais aimé un peu plus.
Au générique
Cote: **1/2
Titre: La communauté
Genre: drame
Réalisateur: Thomas Vinterberg
Acteurs: Ulrich Thomsen, Trine Dyrholm et Helene Reingaard Neumann
Classement: 13 ans +
Durée: 1h51
On aime: la prémisse, la performance bouleversante de Trine Dyrholm
On n'aime pas: la réalisation terne, le trio amoureux convenu