Dans «La chute de Sparte», Steeve (Lévi Doré) devient l’objet de la colère d’un membre de l’équipe de football de son école.

«La chute de Sparte» passe du livre au film

Idole des jeunes lorsqu’il était membre du trio de hip-hop Loco Locass, Sébastien Fréchette, alias Biz, demeure, même à la mi-quarantaine, proche des adolescents et de leurs tourments. L’intimidation, les réseaux sociaux, les peines d’amour, sont autant de thèmes qu’il abordait dans son roman «La chute de Sparte», devenu un long-métrage conçu en collaboration avec son ami réalisateur Tristan Dubois.

«Chaque ado qui termine son secondaire est un authentique héros grec qui achève une quête.» Tirée du bouquin et reprise en épilogue du film par le jeune Steeve (Lévi Doré), cette phrase résume l’esprit qui habite le livre de Biz, lauréat du Prix jeunesse des libraires en 2011.

Élève à la polyvalente Gaston-Miron, à Longueil, Steeve («avec deux e») habite à Saint-Lambert, ce qui le fait «profondément chier». Peu enclin à discuter de son indice de bonheur avec ses parents, l’adolescent vit enfermé dans sa chambre, «l’unique territoire» où il exerce «sa propre souveraineté».

À l’école, l’heure n’est pas toujours à la rigolade alors que Steeve devient l’objet de la colère d’un membre de l’équipe de football, en raison d’une vidéo controversée diffusée sur YouTube. Que l’adolescent en pince pour l’ex-petite amie de son ennemi n’a rien pour arranger les choses…

Les premières fois

«L’adolescence, c’est tragique par définition, explique au Soleil l’auteur et scénariste. C’est l’époque des premières expériences : la première brosse, la première blonde, la première job. Comme adulte, tu passes ta vie à rechercher l’intensité de ces premières fois.

«On l’oublie souvent, poursuit-il, mais les ados possèdent en eux un incroyable cocktail d’hormones. Si on l’administrait à un adulte, il ne serait pas capable de passer au travers une journée tellement ça le déstabiliserait.»


« Les kings du secondaire ne le restent pas toujours. Après, la route est différente. À l’inverse, des gars comme Steve Jobs et Mark Zuckerberg, au secondaire, t’aurais pas parié ben gros sur eux autres… »
Biz

Quelle que soit l’époque, l’adolescence est rarement un jardin de roses. Cette période de l’existence tient davantage de la jungle, sauf que les bad guys ne finissent pas nécessairement en héros. «Les kings du secondaire ne le restent pas toujours. Après, la route est différente. À l’inverse, des gars comme Steve Jobs et Mark Zuckerberg, au secondaire, t’aurais pas parié ben gros sur eux autres…»

Des arts martiaux pour se défendre

«J’ai relativement de bons souvenirs de mon secondaire», mentionne Biz, qui a fréquenté l’école Joseph-François Perreault, à Québec. «Pour citer une chanson d’Adamo, ça n’a pas été l’enfer ni le paradis.»

Il en est allé autrement pour Tristan Dubois, qui signe son «premier long-métrage personnel» après une série de films de commande. Débarqué au Lac-Saint-Jean à l’âge de 9 ans, depuis sa Suisse natale, le réalisateur ne l’a pas eu facile.

«À 14 ans, j’ai pris des cours d’arts martiaux pour me défendre et arrêter de me faire taper dessus. Avec mes six frères et sœurs, cousins et cousines, on se défendait les uns les autres.»

C’est pendant ses études à l’École nationale de théâtre que Dubois a rencontré Biz. Son coloc était alors Sébastien Ricard, alias Batlam, l’autre tiers de ce qui allait devenir Loco Locass. «Un jour, pendant qu’on regardait le hockey à la télé, il a commencé à me parler de son livre La chute de Sparte. Je me suis dit que ça ferait un bon film.»

Le cinéaste a rapidement été séduit par son style littéraire. «Il a une écriture très visuelle. J’ai tout de suite vu le film. J’aime les histoires et la sienne était très tentaculaire. Ça parlait d’intimidation, de poésie, de suicide, de la première peine d’amour, de Gaston Miron, de Pierre Bourgault. Il y avait une richesse extraordinaire.»

«J’ai toujours eu le souci de faire voir le monde que je décris, d’avoir une écriture cinématographique, confirme Biz. Je conçois chacun des paragraphes comme des scènes. Je vois presque l’endroit où planter la caméra. Le cinéma, c’est une autre grammaire, une autre langue. Tristan connaît le cinéma et je me suis laissé guider là-dedans par lui.»


« Les parents ne réalisent pas ce que peuvent vivre les ados à l’école. Il ne savent pas comment ça peut être intense. »
Tristan Dubois (avec Lévi Doré sur la photo)

La collaboration a été si fructueuse que le duo pense déjà à l’adaptation d’un autre roman de Biz, Mort-Terrain (2014), récit d’un médecin montréalais qui part s’installer dans un village minier d’Abitibi où les cadavres s’accumulent mystérieusement.

Comme l’eau d’un barrage 

Son auteur en convient, La chute de Sparte n’aurait pu être écrit à l’époque de The Breakfast Club, les réseaux sociaux occupant une place prépondérante dans le déroulement de l’intrigue. «Quand j’étais au secondaire, je me faisais écœurer un peu, ce n’était pas de l’intimidation, mais quand j’arrivais à la maison, ça s’arrêtait là, il y avait une trêve, alors qu’aujourd’hui, ça te poursuit continuellement.»

«Les parents ne réalisent pas ce que peuvent vivre les ados à l’école, ajoute Tristan Dubois. Il ne savent pas comment ça peut être intense.»

Père de deux garçons, dont l’un est à l’orée de l’adolescence, Biz essaie de ne pas trop s’en faire pour eux lorsque viendra le tour de se faire guerriers spartiates. Eux aussi sauront trouver un moyen de se défendre et de trouver leur voie.

«J’ai toujours comparé les ados à l’eau derrière un barrage. Elle est là, elle ne bouge pas, mais elle déploie toute une énergie quand elle frappe la turbine. À chaque jeune de trouver sa turbine.»

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LÉVI DORÉ, UNE RÉVÉLATION

Révélé dans la télésérie Au secours de Béatrice, où il incarnait un adolescent solitaire affligé d’un trouble obsessif compulsif, Lévi Doré fait ses premiers pas au grand écran dans La chute de Sparte. Le jeune homme à la chevelure ébouriffée ne s’attendait toutefois pas décrocher le rôle principal.

«Je pensais qu’on cherchait quelqu’un qui ressemblait à Biz. Je ne croyais pas avoir la capacité d’aller chercher un rôle comme celui de Steeve [le personnage principal]. J’y allais en pensant décrocher celui de Latreille [l’ado boutonneux et farceur]», confie-t-il en entrevue, en route pour Québec pour le tournage de quelques scènes de la seconde saison de Plan B, où il retrouvera Sophie «Béatrice» Lorain.

En audition, Tristan Dubois a été fortement impressionné par l’aplomb de l’adolescent de 17 ans qui avait connu son baptême de la caméra en 2009 dans le court-métrage État sauvage. «Ç’a été une révélation. Il nous a complètement subjugués, jetés par terre. On a su tout de suite que c’était lui notre Steeve», indique le réalisateur.

Aussitôt mis au courant qu’il avait été retenu, Lévi s’est empressé d’aller acheter le livre de Biz. «J’en avais entendu parler par des amis qui l’avaient comme lecture obligatoire. Je l’ai lu très vite. Je me suis reconnu dans plusieurs personnages. Ce que Biz décrivait, je le vivais.»

À l’ère de Facebook et d’Instagram, son personnage doit naviguer entre plusieurs épreuves, dont de l’intimidation par la brute de l’école. «Pour moi, les réseaux sociaux sont une arme à double tranchant. Tu peux être populaire, avoir une belle page Facebook et socialiser, mais tu peux aussi être au fond du baril et te faire intimider. Sauf que, dans le temps, c’était fini après l’école, quand tu rentrais chez toi. Maintenant, c’est continuel, il n’y a pas de relâche [...] Pour ma part, j’ai une adolescence heureuse, ce qui n’est probablement pas le cas de tout le monde.»

Après quatre ans passés à vivre au rythme d’une télésérie, le tournage de La chute de Sparte a été pour le jeune comédien l’occasion de découvrir un rythme de travail moins frénétique. «La première journée, je me demandais pourquoi c’était aussi long de tourner une scène. C’est la première fois que j’expérimentais les changements d’angles de caméra. On prenait le temps de refaire les scènes. Ça changeait vraiment de la télé.»

La chute de Sparte prend l’affiche le 1er juin.