Si «La ch’tite famille» ne réinvente rien, la comédie de Dany Boon tourne avec suffisamment d’originalité pour faire passer un bon moment.

La ch’tite famille: qui chuis-je? ***

CRITIQUE / Du plus grand succès commercial de l’histoire du cinéma français, «Bienvenue chez les Ch’tis», on se serait attendu à ce que son auteur rempile rapidement pour profiter de la manne. Or, Dany Boon a pris 10 ans avant de rappeler à notre souvenir ses personnages atypiques, affublés d’un patois aussi incompréhensible que rigolo venu du nord de la France.

Même si le comédien réalisateur insiste pour dire que La ch’tite famille n’est pas une suite, il n’en demeure pas moins que le spectateur se retrouvera vite en pays de connaissance. À la différence que le personnage qu’il endossait à l’époque a gradué dans l’échelle sociale. Antoine, le postier naïf et un peu bêta, est devenu Valentin, un designer de mobilier bon chic bon genre qui fait courir le Tout-Paris.

Aucune trace chez notre nouveau bourgeois du parler ch’ti. Car, histoire de gommer ses origines prolétaires, Antoine a fait croire à son entourage branché, au premier rang sa femme et muse (Laurence Arné), qu’il est orphelin. Quelle ne sera donc pas sa surprise de voir débarquer à l’improviste sa vieille mère (Line Renaud), son frère (Guy Lecluyse) et sa belle-sœur (Valérie Bonneton), qui, eux, n’ont rien perdu de leur accent et de leur familiarité.

Le scénario empruntera une tournure inattendue lorsque Valentin, après un coup à la tête, oubliera tout de sa vie de luxe pour se remettre à parler ch’ti comme si de rien n’était. Bonjour la confusion spatio-temporelle, les quiproquos langagiers et les chuintements rigolos…

La ch’tite famille ne réinvente pas la roue à trois boutons, comme dirait l’autre, mais tourne avec suffisamment d’originalité pour faire passer un bon moment, dans la mesure où le spectateur accepte de jouer le jeu d’une comédie bon enfant où les ficelles sont aussi grosses que les amarres d’un paquebot.

Le fossé culturel entre deux mondes diamétralement opposés est exploité avec brio, prétexte à plusieurs gags qui font mouche. Comme dans Intouchables, le scénario s’amuse, par exemple, à associer un air de musique classique, en l’occurrence un extrait de l’opéra Carmen, à une publicité de… récurant. Le rat des villes versus le rat des champs, version ch’ti, quoi.

La distribution s’en donne à cœur joie, et avec talent, dans le langage vernaculaire. Notre étoile du match est décernée à Valérie Bonneton, impayable dans le rôle de la belle-sœur pour qui Valentin a eu le béguin adolescent. En revanche, le vétéran Pierre Richard, dans le rôle du père bougonneux laissé seul à la maison, est cantonné dans des saynètes faciles, dont un hommage-surprise à Johnny Hallyday, en épilogue.

Dany Boon réussit le pari de faire rire sans verser dans la vulgarité, sans donner l’impression de se moquer des habitants de son coin de pays. Par la bande, il amène aussi une réflexion sur l’importance de ne jamais oublier ses racines et d’où l’on vient. Là encore, c’est dessiné à gros traits, mais fait avec une telle sincérité qu’on est prêt à pardonner au «p’tit biloute»...

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***

Titre: La ch’tite famille

Réalisateur: Dany Boon

Genre: comédie

Acteurs: Dany Boon, Line Renaud, Valérie Bonneton, Guy Lecluyse, Pierre Richard, François Berléand et Laurence Arné

Classement: général

Durée: 1h47

On aime: plusieurs gags qui font mouche, le personnage de Valérie Bonneton, le clin d’œil à Kad Merad

On n’aime pas: l’avalanche de beaux et bons sentiments, la résolution facile des intrigues, la sous-utilisation de Pierre Richard