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Christanne de Bruijn se glisse dans la peau d'Antonia Brico, véritable pionnière de la musique classique.
Christanne de Bruijn se glisse dans la peau d'Antonia Brico, véritable pionnière de la musique classique.

La chef d’orchestre : La symphonie d’Antonia ** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Le principal intérêt de La chef d’orchestre (De Dirigent), drame biographique de facture académique à propos d’Antonia Brico, loge dans la courageuse lutte de cette pionnière pour faire éclater le plafond de verre de la musique classique. Sauf que le long métrage prend certaines libertés avec la réalité pour plaire et insiste beaucoup trop sur la convenue histoire d’amour impossible.

L’Américaine d’origine néerlandaise avait fait l’objet d’un documentaire, Antonia : A Portrait of the Woman, nommé aux Oscars en 1974. Il s’attarde au parcours de cette pianiste volontaire qui, grâce à son talent et sa détermination, réussit à s’imposer comme chef d’orchestre dans un milieu entièrement masculin — et parfois terriblement misogyne (encore aujourd’hui).

Sous la plume et la caméra de Maria Peters, nous retrouvons la jeune femme (interprétée par Christanne de Bruijn) à New York, au début des années 1920. L’ouvreuse, passionnée de musique, fait semblant de diriger l’orchestre dans la toilette des hommes (!) où elle est interrompue par Frank Thomsen (Benjamin Wainwright). L’ingénue va ensuite s’asseoir au premier rang, sur une chaise pliante, devant le chef (!!!) avec sa partition. C’est gros...

Singulière et frondeuse, elle doit néanmoins composer avec une mère tyrannique qui l’expulse du modeste appartement familial. La musicienne trouve refuge chez Robin Jones (Scott Turner Schofield), qui dirige un petit ensemble dans un cabaret et l’embauche comme pianiste.

Son travail de nuit permet à Antonia de suivre des cours au Conservatoire sous la houlette d’un professeur agresseur et de se laisser courtiser par Frank, fils arrogant d’une richissime famille — une façon usée d’aborder les différences de classe. (En vrai, elle a étudié à l’université en Californie où elle acquiert de l’expérience avec la baguette...)

Cette première moitié, digne d’un mauvais téléroman rempli de clichés et frôlant parfois la caricature, contient des longueurs éprouvantes et s’attarde beaucoup trop au conflit entre Antonia et sa mère adoptive.

Il faut attendre 1h15 avant qu’Antonia amorce (enfin!) des études auprès de Karl Muck, le chef de l’Orchestre philharmonique d’Hambourg (ce qui est conforme à la réalité). Son ascension, avec un montage plus resserré et des extraits de grandes œuvres, donne de l’élan au récit.

Il est aisé de comprendre que Maria Peters ait twisté la fiction pour des raisons dramatiques. Mais ces libertés desservent le propos. Qui plus est, la réalisatrice utilise les techniques plus racoleuses — et plaquées — pour susciter l’adhésion.

Comme les ralentis, le tulle et la lumière diaphane pour la nuit d’amour entre Antonia et Frank ou le montage parallèle entre son premier récital et le mariage de son ex. Sans parler des plans de réaction des amis et parents lorsqu’elle est au podium…

Il est tout de même ironique qu’une réalisatrice néerlandaise puise dans le livre de recettes hollywoodiennes de base plutôt que de proposer une signature distinctive...

Maria Peters puise dans le livre de recettes hollywoodiennes de base pour son film.

Ce récit d’émancipation convenu saura plaire à certains en raison de son histoire inspirante et de la fougue de Christanne de Bruijn dans le rôle-titre. Il s’agit d’un divertissement plutôt sympathique, mais la réalisatrice ne rend pas justice à son propos en insistant trop lourdement sur la bluette entre Antonia et Frank.

L’amitié atypique entre l’héroïne et Robin s’avère, de loin, plus pertinente...

La chef d’orchestre est présenté sur la plateforme de MK2 - Mile End.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : La chef d’orchestre

Genre : Drame biographique

Réalisatrice : Maria Peters

Acteurs : Christanne de Bruijn, Benjamin Wainwright, Scott Turner Schofield

Durée : 2h17