Alexis Guay, Anthony Bouchard, Milya Corbeil-Gauvreau et Henry Picard sont les vedettes des Rois mongols.

La bande des quatre des Rois mongols

Luc Picard a pris un grand risque avec Les rois mongols : faire porter son drame social sur les épaules de quatre enfants. Un pari gagné, dit celui qui retire une grande fierté de la complicité qui lie le quatuor. «S'il n'y avait pas ça, il n'y avait pas de film. Je suis ravi. Je ne pourrais pas être plus heureux de ces quatre-là.»
Pour son quatrième long métrage, le cinéaste a vu pas moins de 150 candidats en audition. Certains, comme Alexis Guay et Milya Corbeil-Gauvreau, n'en étaient pas à leur première expérience devant la caméra. Cette dernière a joué dans Les démons, de Philippe Lesage, et incarné la jeune Nelly Arcan dans le drame biographique d'Anne Émond. Pour le cadet du groupe, Anthony Bouchard, recruté par hasard, c'était tout nouveau. 
Quant à Henry Picard, qui n'avait fait que de la figuration, il avait de qui tenir : l'ado est le fils de Luc Picard et Isabel Richer. Ce dernier n'a pas eu de privilèges, bien au contraire : son père n'en voulait pas. Henry l'a convaincu de le laisser tenter sa chance pour acquérir de l'expérience... Finalement, le paternel n'a pas eu le choix : bon sang ne saurait mentir.
Ces jeunes très différents, mais liés par une complicité évidente en entrevue, en plus de se distinguer par leur vivacité d'esprit, forment tout un groupe. Luc Picard n'hésite pas à les comparer aux... Beatles! Dans le film, «Milya, c'était John; Henry, c'était Paul; Alexis, c'était comme George et [Anthony], Ringo. Il y avait quelque chose de particulier. Ils se sont attachés les uns aux autres.»
L'affection que leur porte Picard est mutuelle. «C'était un peu un père pour tout le monde», témoigne Milya Corbeil-Gauvreau. Son expérience d'acteur a beaucoup servi à les guider. «Donne-moi pas ce que tu n'as pas», leur a-t-il répété sans cesse pour les aider à rester naturels - tout en jouant. «C'était vraiment très relax sur le plateau», témoigne Alexis Guay.
Le Soleil a rencontré les jeunes interprètes au Concorde, quelques heures avant la première mondiale du film au Festival de cinéma de la ville de Québec. 
Ils confessent, évidemment, savoir peu de choses sur la Crise d'octobre qui sert de toile de fond à cette fugue à la campagne du quatuor, dans leur quête de liberté et de bonheur. Mais ils sont très heureux que la tournée de promotion, une première pour chacun, leur permette de se retrouver, près d'un an après cette belle aventure.
Une scène des <i>Rois mongols</i>
Milya Corbeil-Gauvreau, 14 ans
Manon, la chef du groupe, «au début, je la voyais comme une bum des années 70. Finalement, on a tous une Manon à l'intérieur de nous, une rebelle qui veut exprimer ce qu'elle veut et dire ce qu'elle pense sans filtre. Elle est sensible malgré sa carapace». Milya a été conquise par le défi d'un premier rôle, qui vient concrétiser un rêve de longue date. «Quand j'étais petite, je regardais tout le temps la télé et je me demandais pourquoi j'étais pas dedans! Je ne savais pas que c'était un travail...» Sa jeune carrière est maintenant sur une erre d'aller. «C'est comme un rêve qui devient de plus en plus réel et qui, j'espère, va continuer pendant longtemps. Si je peux vivre de ça un jour, ce serait incroyable.»
Henry Picard, 16 ans
Martin, «c'est un bum au grand coeur. Il veut suivre les traces de son grand frère felquiste, qu'il admire sans le vouloir, et est un peu amoureux de sa cousine. Sans le vouloir aussi». C'est l'époque qui a séduit Henry, après avoir lu le scénario «sur l'ordi de mon père». «C'est une période où le Québec change beaucoup et ça brasse beaucoup. C'est pour ça que j'ai demandé à mon père de passer l'audition.» Les rois mongols «a confirmé que c'est que je veux faire plus tard. Juste être sur un plateau, se mettre dans la peau d'un personnage et changer un peu ta vie, c'est juste trop cool», dit celui dont les parents lui ont refilé un seul conseil, «prends ton temps». 
Alexis Guay, 12 ans
«Denis est introverti. C'est le souffre-douleur et le faire-valoir de son grand-frère Martin. Il va suivre Manon et Martin dans leur délire de kidnapper une grand-mère et de partir loin de la ville.» Alexis rêve depuis son enfance d'être «sur le grand écran». Hasard, il a remplacé son frère à l'audition lorsqu'il s'est désisté. Il a eu la piqûre. «Je voudrais vivre de ça plus tard parce que j'adore la chimie qu'on a avec les gens [sur un tournage].»
Anthony Bouchard, 10 ans
Michel, surnommé Mimi, adoré par sa grande soeur, est le déclencheur de leur fuite afin d'éviter que le duo soit placé en famille d'accueil. Ce sont les responsables du camp de jour d'Anthony qui lui ont suggéré de participer à l'audition. Luc Picard l'a adoré et lui a fait passer une deuxième audition pour déterminer s'il pourrait jouer. Pas bavard, le garçon a passé une bonne partie de l'entrevue les yeux rivés sur sa tablette, répondant rapidement et succinctement. Son expérience lui a plu et il aimerait bien la poursuivre, «c'est sûr, mais pas tout de suite»...