Joséphine Bacon
Joséphine Bacon

Je m’appelle humain : Se souvenir des ancêtres *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Il y a quelque chose de frappant lorsqu’on visionne Je m’appelle humain, le lumineux portrait de Joséphine Bacon filmé par Kim O’Bomsawin : l’importance qu’accorde la poétesse à la transmission du savoir et à la vénération de ses ancêtres. Dans une société qui fait souvent l’impasse sur ses vieux, il y a un rappel sur la dimension qu’ils devraient revêtir à nos yeux.

Le témoignage de Joséphine Bacon révèle un aspect primordial : l’incarnation d’une époque bientôt révolue. L’Innue mène, avec le sourire et joie de vivre, une certaine sérénité aussi, sa lutte pour éviter la disparition de la langue, de la culture et des traditions des siens.

Dieu sait que tout fut fait pour y arriver. Elle-même fut enfermée, c’est le bon mot, dans un pensionnat à Maliotenam (proche de Sept-Îles) de 5 ans à 19 ans dans un but d’assimilation — l’enfant n’avait pas le droit de retourner dans sa famille, à Pessamit.

Joséphine réussira néanmoins à conserver sa langue maternelle, ce qui n’est pas le cas de tous. Des extraits d’archives nous font entendre de jeunes adultes incapables de converser autrement qu’en français ou de monter une tente traditionnelle...

Quant à Joséphine, son passé a fini par remonter à la surface lorsqu’elle publiera, en 2009, à 62 ans, son premier recueil de poèmes, en français et en innu-aimun : Bâtons à message/Tshissinuatshitakana. Elle est depuis considérée comme une autrice importante au pays.

Je m’appelle humain retrace aussi l’arrivée de Joséphine Bacon à Montréal en 1968 et le choc subséquent — elle y fut un temps itinérante… Mais aussi les principaux lieux qui ont marqué sa vie, comme un pèlerinage.

L’artiste, qui est également réalisatrice et parolière, se raconte en toute simplicité. Elle refuse d’ailleurs qu’on la considère comme une poétesse. «La poésie, ce sont les moments intimes où tu retournes dans ton âme.»

Le documentaire, qui a obtenu une mention spéciale en compétition au festival de Québec (FCVQ), est parsemé des poèmes de Joséphine Bacon et de superbes images, en particulier de Mushuau-nipi, campé à mi-chemin entre Schefferville et les monts Torngat, endroit qu’elle affectionne particulièrement.

Une belle occasion de redécouvrir ce territoire magnifique que nous partageons.

Depuis 2014, Kim O’Bomsawin a tourné plusieurs documentaires sur l’univers des Premières Nations, dont Ce silence qui tue (2018). Cette œuvre de la cinéaste abénakise poursuit cet effort avec sensibilité et humanité.

Elle joue du contraste entre la ville (Joséphine demeure à Montréal) et la nature, entre l’hiver et l’été, entre la vieillesse et la jeunesse pour illustrer la personnalité multiple de Joséphine Bacon.

L’idée de transmission est symbolisée par la présence de Marie-André Gill à ses côtés. La poétesse innue de Mashteuiatsh incarne la relève, mais aussi l’amitié.

Un très beau film qui nous rappelle de conserver notre cœur d’enfant dans l’émerveillement au quotidien. La signification du titre? Dans la langue de Joséphine, innu signifie humain...

Je m’appelle humain est présenté en VSD sur la plateforme du Cinéma du Musée ainsi qu’au Lido de Rimouski.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Je m’appelle humain

Genre : Documentaire

Réalisatrice : Kim O’Bomsawin

Durée : 1h18