«Jalouse» met en scène une quinquagénaire (Karin Viard) qui commence par être jalouse de sa fille (Dara Tombroff) avant de prendre en grippe le monde entier.

Jalouse: mère au bord de la crise de nerfs ***

CRITIQUE / Peut-on s’identifier à un personnage aussi antipathique et pathétique que Nathalie Pêcheux? C’est le pari, en partie réussi, qu’ont pris David et Stéphane Foenkinos avec «Jalouse». Le film repose en grande partie sur Karin Viard dans le rôle principal et l’actrice, très solide, s’amuse visiblement comme une folle dans la peau de cette spécialiste de la réplique assassine et du rabaissement.

Les frères mettent donc en scène cette quinquagénaire qui commence par être jalouse de sa fille Mathilde (Dara Tombroff), puis à prendre en grippe le monde entier. Le tout commence au 18e anniversaire de son unique enfant. Elle est belle, libre, amoureuse et a la grâce de la danseuse classique. Alors que sa mère est divorcée, mal dans sa peau et a peur de vieillir seule.

Quand une nouvelle collègue (Anaïs Demoustier), jeune et douée, va intégrer son équipe, la prof va se permettre toutes les vacheries pour la dénigrer. Puis étendre son champ d’action jusqu’à sa meilleure amie Sophie (Anne Dorval), qui va en voir de toutes les couleurs. Et on ne vous parle même pas du sort qu’elle réserve à son ex-mari et sa compagne.

Jalouse joue avec le sentiment de curiosité du spectateur: jusqu’où Nathalie va-t-elle s’enfoncer? C’est pas parce qu’on rit que c’est drôle… D’ailleurs, le film aurait facilement pu basculer dans un exercice malsain de voyeurisme ou dans la comédie grasse, mais les frères Foenkinos réussissent à maintenir un bel équilibre.

Il faut toutefois adhérer à ce personnage détestable et sans filtre. L’exercice n’est pas aisé. J’avoue avoir ressenti une certaine gêne devant tant de méchanceté gratuite. D’autres pourront y puiser une certaine jubilation… Car il y a un sourd malaise dans cette chute. On reconnaîtra aux frères l’habileté d’aborder sans gants blancs un sujet tabou : la jalousie mère-fille.

Cette femme au bord de la crise de nerfs est, d’abord et avant tout, envieuse des matins radieux qui sont promis à Mathilde alors qu’elle sent le sol se dérober sous ses pieds. Les Foenkinos, qui avaient adapté La délicatesse pour leur premier long métrage en 2011, peinent toutefois à trouver le juste entre comédie et suspense psychologique.

Heureusement pour eux, Viard fait des miracles avec sa partition, capable de passer de l’assurance totale au grand désarroi au quart de tour. Le César de la meilleure actrice lui a échappé, mais sa nomination en dit long sur sa performance. Les spectateurs devront toutefois être patients: l’enjeu dramatique prend du temps à se développer et à camper ses personnages secondaires, bien définis, toutefois.

Il y a aussi une finale décevante, dans les circonstances, qui nous laisse sur une impression d’inachèvement, d’une œuvre pas assez aboutie. Comme si David et Stéphane Foenkinos avaient eu de la difficulté à assumer totalement ce portrait déstabilisant et abrasif d’une femme angoissée par son mal de vivre.

Malgré tout, Jalouse est totalement dans l’air du temps. C’est déjà pas mal.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***

Titre: Jalouse

Genre: comédie dramatique

Réalisateurs: David et Stéphane Foenkinos

Actrices: Karin Viard, Dara Tombroff, Anne Dorval

Classement: général

Durée: 1h42

On aime: la performance de Karine Viard. Les rôles secondaires bien définis

On n’aime pas: le personnage de Nathalie. La fin décevante