Jack Hastings (Chris Cooper) accepte de se présenter comme maire après les représentations du haut stratège démocrate Gary Zimmer (Steve Carrell).
Jack Hastings (Chris Cooper) accepte de se présenter comme maire après les représentations du haut stratège démocrate Gary Zimmer (Steve Carrell).

Irresistible: suivez l’argent! ***

CRITIQUE / Pour peu qu’on s’intéresse aux élections américaines, Irresistible agit comme un véritable aimant. Parce qu’il s’agit du deuxième long métrage de fiction de l’ex-animateur vedette Jon Stewart et qu’il compte sur une solide distribution. Presque une satire, ou si peu, selon le point de vue, la comédie décrit avec beaucoup d’acuité et un humour grinçant le cirque médiatico-politique chez nos voisins du Sud. Et, surtout, l’influence démesurée de l’argent dans le processus démocratique…

Stewart, qui a écrit le scénario, a situé l’action au lendemain de l’élection du 8 novembre 2016 et centré son déroulement sur Gary Zimmer (Steve Carrell). Un assistant de ce haut stratège du parti démocrate lui présente une vidéo, devenue virale, où un ex-Marine défend avec passion les droits des immigrés illégaux devant le conseil municipal.

Or, Deerlaken, Wisconsin, se situe au cœur de l’Amérique rurale, celle des pick-up, de la musique country (on y entend, deux fois plutôt qu’une, le classique Rhinestone Cowboy de Glen Campbell) et des villes périclitantes. On y vote plus naturellement à droite.

Zimmer voit en Jack Hastings (Chris Cooper) une occasion unique de conquérir les modérés du Heartland. Malgré ses réticences initiales et grâce à un coup de pouce de Diana Hastings (Mackenzie Davis), il convainc le colonel devenu fermier de se présenter comme maire.

Zimmer va bientôt déployer l’artillerie lourde, les républicains vont joindre la danse en déléguant Faith Brewster (Rose Byrne), sa farouche rivale.

Les républicains vont joindre la danse en déléguant Faith Brewster (Rose Byrne), la farouche rivale de Zimmer.

Jon Stewart joue évidemment du contraste de «l’élite» de Washington qui débarque en pleine campagne. Dont cette scène hilarante où Zimmer et ses geeks sont stationnés dans la cour de l’école secondaire pour avoir accès à du wi-fi… Ou celle liée aux nonnes qui reçoivent des dépliants pro-choix au couvent (on vous laisse découvrir le contexte) !

Bien sûr, le réalisateur de Rosewater (2014) illustre à quel point les professionnels de la politique sont déconnectés des réalités terre-à-terre de leurs concitoyens. Et que pour arriver à leurs fins, ils sont prêts à toutes les manœuvres. Mais Irresistible n’a pas le mordant Des hommes d’influence (1997) de Barry Levinson.

Les médias passent aussi un mauvais quart d’heure dans sa démonstration implacable des failles du système américain qui repose sur la fabrication de l’image et la quête incessante du financement, qui façonne l’agenda sociopolitique et le fait se plier aux désidératas des nantis.

Deerlaken devient évidemment un microcosme des États-Unis et une façon d’aborder plusieurs thématiques qui y sont liées, notamment le racisme systémique et les inégalités. Stewart a une nette inclinaison à gauche, mais ses tirs croisés atteignent autant démocrates que républicains.

Pas besoin d’être un fanatique de politique pour apprécier Irresistible. Les quatre acteurs principaux s’y révèlent absolument savoureux. Carrel (Foxcatcher, Vice...) en snob fini et cynique évite la caricature et Rose Byrne (X-Men, Voisins) fait de même en garce ambitieuse. Il faut souligner, toutefois, la présence lumineuse de Mackenzie Davis (Blade Runner 2049), dont le personnage agit comme conscience morale quand les stratèges descendent trop bas.

La finale, déclinée en trois possibilités, s’avère absolument savoureuse, surtout au regard de ce qui précède.

Irresistible devait prendre l’affiche en salle, mais la pandémie de la COVD-19 a changé la donne. Avec l’élection présidentielle début novembre, il fallait le rendre disponible au plus grand nombre possible. D’où la sortie en vidéo sur demande.

Au générique

Cote : ***

Titre : Irresistible

Genre : Comédie politique

Réalisateur : Jon Stewart

Acteurs : Steve Carrell, Rose Byrne, Chris Cooper, Mackenzie Davis

Durée : 1h42