Filmé sur son domaine de Malicorne, en Bourgogne, Hubert Reeves met en garde contre la sixième extinction à venir.

Iolande Cadrin-Rossignol et Hubert Reeves au chevet de la planète

Notre planète file un mauvais coton. Réchauffement climatique, pollution, déforestation, extinction d’espèces animales et végétales, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Plutôt que rester les bras croisés face à la menace, la réalisatrice Iolande Cadrin-Rossignol a choisi de prendre le bâton du pèlerin avec le documentaire «La Terre vue du cœur», vibrant plaidoyer pour une meilleure relation de l’homme avec la nature.

Pour l’occasion, la réalisatrice retrouve pour la troisième fois l’astrophysicien Hubert Reeves. Le scientifique de renom avait collaboré à deux autres de ses documentaires, Hubert Reeves — Conteur d’étoiles et Du Big Bang au vivant.

«Le combat de sa vie, c’est la biodiversité. Il a mis toute sa notoriété au service de cette cause, explique-t-elle en entretien téléphonique au Soleil. Il est important pour lui de laisser une planète qui a de l’allure aux prochaines générations.»

Filmé sur son domaine de Malicorne, en Bourgogne, Hubert Reeves met en garde contre la sixième extinction à venir, la plus rapide de l’histoire. À petite échelle, son étang reflète l’état général de la planète. Il y a 40 ans, il pouvait contempler un incessant ballet d’hirondelles, de papillons et d’insectes. «Aujourd’hui, je me réjouis d’en voir un ou deux…»

Au bord du gouffre

La réalisatrice donne aussi la parole à plusieurs autres spécialistes d’ici et d’ailleurs. À tour de rôle, le philosophe et sociologue Frédéric Lenoir, l’océanographe Edith Widder, le cinéaste des profondeurs Mario Cyr et la botaniste membre de la nation Potawatomi, Robin Wall Kimmerer, pour en nommer que quelques-uns, défilent devant sa caméra pour parler de leur champ d’expertise confronté à un environnement en péril.

«Il faut encourager une prise de conscience, car même si on est au bord du gouffre, on n’est pas tombés encore. Il faut faire le combat. Chaque geste de chaque individu compte», explique en entrevue un autre collaborateur au film, Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique de Montréal.

Porte-étendard de la cause animale, Élise Desaulniers, directrice générale de SPCA de Montréal, estime qu’il est plus que temps que l’homme change sa relation avec les bêtes, principalement les animaux d’élevage, beaucoup plus sensibles aux mauvais traitements qu’on peut le croire. Retirer un veau à sa mère, après sa naissance, reste pour elle un geste d’une grande cruauté.

Iolande Cadrin Rossignol aimerait bien que «les bottines [des politiciens] suivent les babines» en matière de protection de l’environnement. Que les autorités aient songé un moment à construire un port à Cacouna, dans l’habitat déjà fragile des bélugas, et un terminal méthanier à Lévis, fait naître chez elle un sentiment de révolte. «Il faut être cohérent. On est vert ou on l’est pas.»

L’appel à une réduction de la consommation de viande tombe de moins en moins dans l’oreille de sourds, principalement chez les jeunes. «Dans les classes, aujourd’hui, au moins la moitié des étudiants ne mangent plus de viande ou sont devenus véganes. Il y a une explosion», mentionne Mme Desaulniers.

Iolande Cadrin Rossignol aimerait bien que «les bottines [des politiciens] suivent les babines» en matière de protection de l’environnement. Que les autorités aient songé un moment à construire un port à Cacouna, dans l’habitat déjà fragile des bélugas, et un terminal méthanier à Lévis, fait naître chez elle un sentiment de révolte. «Il faut être cohérent. On est vert ou on l’est pas.»

À son avis, les gouvernements devraient cesser de prendre comme prétexte le développement économique tous azimuts pour faire un mauvais parti à la nature. «L’économie verte est en pleine croissance. Il y a beaucoup d’emplois à créer avec un peu d’imagination et d’audace. Il faut seulement apprendre à penser autrement.»

La beauté du monde

Avec La Terre vue du coeur, la réalisatrice veut d’abord et avant tout que le public «s’émerveille devant la beauté du monde», condition essentielle pour éveiller les consciences à l’urgence de passer à l’action.

«On ne veut pas faire la morale, mais il faut que les gens comprennent qu’ils se doivent d’agir. On ne veut pas envoyer un message apocalyptique. On ne veut pas que les gens sortent déprimés de la projection, mais motivés à faire quelque chose, à la mesure de leurs moyens.»

«Je ne vois pas l’intérêt d’être pessimiste, conclut la cinéaste. Ce n’est pas dans la nature humaine de l’être parce qu’elle est dans la vie. Et la vie veut vivre.»

La Terre vue du cœur prend l’affiche le 13 avril.