Le documentaire militant d'Alethea Arnaquq-Baril démontre de façon éloquente que les Inuit sont les victimes impuissantes et collatérales des campagnes de bannissement de la chasse au phoque.

Inuk en colère: une vérité qui dérange ***1/2

CRITIQUE / On comprend aisément pourquoi Inuk en colère (Angry Inuk) a obtenu le prix du public au festival Hot Docs et a été choisi par celui de Toronto (TIFF) comme étant l'un des 10 meilleurs films canadiens de 2016. Le documentaire militant d'Alethea Arnaquq-Baril démontre de façon éloquente que les Inuit sont les victimes impuissantes et collatérales des campagnes de bannissement de la chasse au phoque. Une incroyable injustice qui menace leur mode de vie, mais aussi notre environnement.
Jeune, Alethea Arnaquq-Baril adorait la chasse au phoque - la viande nourrit la communauté et les peaux vendues permettent un petit revenu. Comme le dit un chasseur, «il faut maintenant beaucoup d'argent pour survivre». La jeune femme n'a donc pas compris pourquoi on s'attaquait à ce mode de vie ancestral devenu une économie responsable et durable.
La cinéaste s'est donc armée de ses caméras (superbes images) et de patience pour tenter de comprendre la situation déclenchée en 1983 par la campagne de Greenpeace et de Brigitte Bardot. À cette époque, les prix s'effondrent et la détresse des Inuit augmente. Pauvreté, famine, suicides... Un véritable drame.
Alors que les Inuit commencent à remonter la pente, une campagne de bannissement s'amorce à la grandeur de l'Union européenne à l'hiver 2009. Depuis ce temps, Alethea Arnaquq-Baril suit le combat de ses pairs pour se faire entendre dans un docu à la Michael Moore. 
Car personne n'a pensé à consulter les premiers intéressés, surtout pas les groupes de protections des droits des animaux, pour qui ce combat est une véritable manne financière. Une situation d'autant plus incongrue que le phoque du Groenland n'est pas une espèce menacée. La population a plus que triplé depuis le milieu des années 1970...
Inuk en colère entremêle donc des scènes du quotidien des Inuit et leur réalité avec des images du combat à la David contre Goliath qu'ils mènent contre les opposants à la chasse au phoque. C'est l'autre côté de la médaille et le point de vue des quelque 32 000 Inuit qui peuplent le Grand Nord s'avère très éclairant.
Sans les petits revenus de la chasse au phoque, la communauté n'aura d'autre choix que d'offrir ses richesses minières  et pétrolières au plus offrant, plaide-t-on. Un pensez-y bien.
L'approche documentaire est parfois maladroite, redondante, mais Alethea Arnaquq-Baril y a mis beaucoup de coeur afin de nous ouvrir les yeux. En résulte un long métrage fascinant, qui regorge d'informations pertinentes, tout en nous présentant une image positive des Inuit, celle d'une nouvelle génération à l'affirmation tranquille mais déterminée.
Au générique
Cote : *** 1/2
Titre : Inuk en colère
Genre : documentaire
Réalisatrice : Alethea Arnaquq-Baril
Classement : général
Durée : 1h20
On aime : le point de vue éclairant et courageux, les superbes images, le quotidien des Inuit
On n'aime pas : de la redondance