Les frères Auguste et Louis Lumière, ici en décembre 1935, ont permis l'amélioration de la photographie et ont inventé le cinématographe en 1893.

Il y a 120 ans, Québec découvrait le cinéma

Le 30 septembre 1896, les gens de Québec qui font la file devant le 37, rue Saint-Joseph sont fébriles. Ils viennent en grand nombre découvrir «la plus grande merveille du monde» : une projection du cinématographe des frères Lumière. Pour souligner ce 120e anniversaire, une soirée-conférence va recréer, ce vendredi, la magie des débuts du cinéma à Québec!
Une coupure de <em>L'Électeur</em>, l'ancêtre du <em>Soleil</em>, annonce la présentation de «vues des monuments et villes d'Europe».
Idéalement, la projection aurait dû se dérouler à la même adresse. Mais comme le local est occupé par un restaurant Ashton... À charge de revanche, les organisateurs ont choisi la magnifique salle du Café-rencontre centre-ville qui était, dans une autre vie, le cabaret Le baril d'huîtres où a joué, entre autres, Miles Davis en 1957.
Des recherches ont permis à Jean-Pierre Sirois-Trahan de retrouver les courtes vues animées présentées en 1896. Les films les plus célèbres des frères Lumière compléteront le programme, mis en musique par le pianiste jazz Jean Beaudet.
Le professeur de cinéma à l'Université Laval et spécialiste du cinéma des premiers temps fera une mise en contexte «avec beaucoup de photos d'époque». En entrevue au Soleil, il explique que la toute première représentation regroupait des notables, dont le maire Simon-Napoléon Parent, et des membres du clergé. Une façon usuelle de procéder : «On cherche une certaine respectabilité.»
La populace pouvait ensuite découvrir le cinématographe. Selon les journaux d'époque, dont L'Électeur, l'ancêtre du Soleil, on assiste à un véritable engouement. «Une large foule venait de tous les quartiers de la ville, ouvriers et bourgeois, francophones et anglophones confondus.»
Le cinématographe des frères Lumière
Selon l'expert, «le cinématographe était extrêmement populaire. S'il n'avait pas eu le succès escompté, il serait reparti après une semaine». En effet : de deux séances par jour, contenant environ une vingtaine de vues, on passe de 6 à 15, dans une salle contentant plus de 100 places. Le programme change une ou deux fois par semaine.
Le spectacle sera présenté en basse ville jusqu'au 31 octobre, puis déménagé, du 2 au 14 novembre, à la salle du National School, rue D'Auteuil. Les projections ont probablement eu lieu dans les locaux actuellement occupés par la Maison Dauphine. Ce faisant, le coût d'entrée passe de 10 à 25 centins : «On s'adresse à la bourgeoisie anglophone.»
La plupart des films qui seront projetés 120 ans plus tard ont été numérisés en 2015. Le résultat est stupéfiant, dit M. Sirois-Trahan. «Je ne trouvais pas très beaux les films des Lumière sur le plan esthétique. J'ai complètement changé d'avis. [À cette époque], le cinéma est davantage un art plastique qu'un art narratif.»
La numérisation 4K a permis de redécouvrir la stupéfiante qualité d'images du cinématographe. «C'est le dernier jalon d'une longue série d'innovations. Les Lumière, qui étaient des industriels de la photographie, ont trouvé une solution satisfaisante presque parfaite dès le départ.»
Le duo ne s'en est pas contenté. Auguste et Louis Lumière ont envoyé des opérateurs partout dans le monde et organisé des projections dans nombre de villes, ouvrant les horizons des spectateurs. 
Plusieurs découvrent pour la première fois la mer de «façon hyperréaliste», par exemple. Ils sont fascinés par les images d'une feuille qui virevolte au vent ou celles de la vapeur d'eau que dégage une pièce chauffée à blanc lorsqu'elle est refroidie. Bien sûr, certains ont peur ou ont un mouvement de recul lorsqu'ils assistent à l'arrivée d'un train en gare ou à la charge de la cavalerie. Normal, dit le prof : «Ils ne savent pas comment réagir face à une image animée.»
Difficile de retrouver cette candeur, mais tout sera fait pour retrouver l'esprit de l'époque. Outre l'introduction du conférencier, une sélection de caméras historiques seront exposées. Le prix, on s'en doute, ne sera pas tout à fait le même : entre 12 $ et 15 $. Les droits pour une projection publique sont assez dispendieux, souligne Jean-Pierre Sirois-Trahan en guise d'explication.
La soirée des 120 ans du cinématographe Lumière à Québec, organisée par Antitube, est présentée au 796, rue Saint-Joseph. Les portes ouvrent à 19h, la projection commence à 20h.