Après la mort subite de leur compagnon d’exil, Tom (Rémy Girard) et Charlie (Gilbert Sicotte) verront leur vie tranquille, faite de piégeage de lièvres au collet, de baignade en tenue d’Adam dans un lac et de culture du cannabis, prendre une tournure inattendue avec l’arrivée de Gertrude (Andrée Lachapelle).

Il pleuvait des oiseaux: la vraie nature de l’humain

À la première lecture du roman de Jocelyne Saucier, «Il pleuvait des oiseaux», Louise Archambault s’est tout de suite sentie interpellée, non seulement par la façon singulière de l’auteure abitibienne de décrire la nature sauvage, mais aussi par les trois protagonistes de son récit, de vieux ermites qui ont choisi de se retirer au fond de la forêt, loin de la civilisation.

«L’histoire m’a habitée pendant des mois, Je trouvais ça fort, plus grand que moi, indique l’auteure de Gabrielle (2013) et de Familia (2005). Je voyais dans ma tête des images sensorielles de la nature. J’ai aimé les personnages avec leur bagage de vie, leur côté imparfait et brut.»

Après la mort subite de leur compagnon d’exil, Tom (Rémy Girard) et Charlie (Gilbert Sicotte) verront leur vie tranquille, faite de piégeage de lièvres au collet, de baignade en tenue d’Adam dans un lac et de culture du cannabis, prendre une tournure inattendue avec l’arrivée de Gertrude (Andrée Lachapelle).

La vieille dame, internée injustement pendant des années, se sent incapable de vivre en institution. Son neveu (Éric Robidoux) croit qu’elle trouvera la quiétude et la paix d’esprit auprès de Tom et Charlie, dont le quotidien, jusque là sans histoire, sera également chamboulée par une photographe curieuse (Ève Landry) qui cherche à documenter le tragique incendie de forêt ayant ravagé la région jadis.

Au cœur de la forêt

Puisque la nature représentait un personnage en soi, il ne fallait pas tourner n’importe où. La forêt Montmorency, au nord de Québec, a été retenue pour son plus grand bonheur. «On ne pouvait pas tourner dans n’importe quelle forêt, on ne voulait pas aller dans un sous-bois à Boisbriand, ça n’aurait pas eu la même magie. Le bon choix du lieu de tournage a beaucoup apporté au récit.»

Loin des commodités de la vie moderne, la cinéaste et son équipe ont vécu en plein air pendant trois semaines. Un pensez-y bien lorsqu’il s’agit de tourner avec des comédiens d’un certain âge, dont Andrée Lachapelle, 87 ans.

Rémy Girard a renoué avec sa guitare pour endosser le rôle de Tom.

«Andrée, je l’avais en tête quand j’écrivais, mais elle me disait qu’elle ne savait si elle serait encore là l’an prochain, si elle serait assez en forme pour tenir le rôle. Mais le réel défi, c’était le personnage de Tom (voir autre texte).»

Filmer l’intimité

Une autre source de stress pour la réalisatrice, son «plus grand», a été le tournage de la scène de lit, très sensuelle, entre Gertrude et Charlie. Ce moment de grande intimité a nécessité une confiance totale entre elle et ses deux interprètes.

«Andrée savait ce qui l’attendait. C’était dans le roman dont elle était une grande fan. Elle voulait faire la scène puisque c’était son chant du cygne. Elle et Gilbert ont été tellement généreux. Ils n’étaient pas du tout dans l’ego. Ils se sont vraiment prêtés l’un à l’autre. À un certain moment, ils ont fait : ‘Ah! Mes seins, mon corps, mes cicatrices’. Mais j’ai voulu être bienveillante. J’ai parlé souvent pendant cette scène d’amour et ç’a permis de les libérer de la technique, de les ancrer dans le récit.»

Un peu comme son film précédent, Gabrielle, avait levé le voile sur la vie intime des personnes atteintes d’une déficience intellectuelle, cette scène permet de démystifier ce qui se passe sous la couette chez les personnes âgées. «Nous vivons dans une société assez codifiée, on se met des barrières et c’est un peu plate.»

Comédie pour Noël

Louise Archambault n’a pas chômé ces dernières années. Outre l’adaptation d’Il pleuvait des oiseaux, elle a tourné quelques épisodes de la télésérie Trop, en plus de s’atteler à un autre long-métrage Merci pour tout, dont la sortie est prévue le jour de Noël. Sur un scénario d’Isabelle Langlois (Rumeurs, Mauvais karma), le film suit les aventures de deux sœurs (Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau) parties répandre les cendres de leur défunt père aux Îles-de-la-Madeleine.

«C’est une comédie avec des moments touchants, ce qu’on appelle un feel good movie

Rémy Girard, Gilbert Sicotte et Andrée Lachapelle, en compagnie de deux autres interprètes du film, Éve Landry et Éric Robidoux.

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Rémy Girard: Quand j'étais chanteur...

Louise Archambault a failli faire son deuil d’un d’acteur capable de chanter et de jouer de la guitare pour jouer le rôle de Tom. C’était le «réel défi» du casting. Jusqu’à ce que Rémy Girard la persuade que le personnage était fait sur mesure pour lui.

Les chanteurs pressentis considéraient le rôle «trop gros» pour eux, explique-t-elle. À l’inverse, ô dilemme, les acteurs capables de pousser la chansonnette et de gratter les cordes ne courent pas les rues. «Je m’étais résignée à ce que Tom ne chante pas.» Elle avait bien songé à Rémy Girard, mais le trouvait trop… jeune.

«Ben là, je vais avoir 69 ans...» lance le comédien, amusé, à l’autre bout du fil, lorsqu’il revient sur sa rencontre avec la cinéaste.

«Il y avait longtemps que je n’avais pas touché à ma guitare, poursuit le vétéran comédien. Il a fallu que je travaille beaucoup pour retrouver mon doigté. J’ai enregistré sur mon cellulaire la chanson Time, de Tom Waits (reprise dans le film) et je l’ai envoyée à Louise. Le lendemain, elle m’a appelé pour me dire : “J’pense que ça va marcher nous deux”.

«Mon grand moment est venu lorsqu'il a fallu demander les droits d’auteur à Waits.» Le chanteur américain est réputé de ne pas donner son accord sans avoir entendu la version au préalable. «Je suis rentré en studio pour l’enregistrement et on lui a envoyé ma version. Trois jours plus tard, on avait sa permission. Ça m’a donné une confiance terrible en moi.»

Rémy Girard interprète, en tout ou en partie, six chansons dans Il pleuvait des oiseaux, dont Bird on the Wire, de Leonard Cohen, et J’ai couché dans mon char, de Richard Desjardins. Une dernière, Quand vous mourrez de nos amours de Vigneault, est entendue peu de temps après le début du générique final, ne quittez pas la salle trop vite…

De son personnage de Tom, un chanteur alcoolique, Rémy Girard en parle comme d’un homme en fin de parcours qui a trouvé son salut en s’exilant au fond des bois. 

«Ce n’est pas qu’il soit un chanteur raté, mais il resté un chanteur de bar toute sa vie. S’il avait continué, il serait mort d’alcool ou de dope. On ne sait pas comment il a rencontré Charlie (Gilbert Sicotte), mais ce qu’on sait, c’est que pour lui, aller vivre dans le bois représentait sa dernière chance de survie.»

Tom (Rémy Girard), un chanteur de bar qui a trouvé la rédemption au fond des bois.

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Gilbert Sicotte: un film sur l'espoir

Se réfugier en forêt, loin de la cohue urbaine, comme son personnage de Charlie, Gilbert Sicotte ne croit pas qu’il en aurait le courage. «Vivre en autonomie, en se coupant de toutes les commodités de la vie moderne et du confort, je ne pense pas, mais c’est un questionnement qu’on peut se donner.»

Du courage, il en a toutefois fallu beaucoup à l’inoubliable interprète du Vendeur (Jutra du meilleur acteur en 2012) pour tourner la longue et très belle scène d’amour avec Andrée Lachapelle, 87 ans, qui a accepté de se mettre à nu dans le vrai sens du terme.

«Je ne pensais pas refaire des scènes de lit à mon âge. Avant le tournage, je me suis posé des questions, mais un acteur est d’abord là pour donner vie à des personnages. Ce rapprochement physique est important dans l’histoire, même si les deux ne sont plus jeunes. J’avais une confiance totale en Louise Archambault. Je me suis abandonné.

«On est pas habitués de voir ça au cinéma, règle générale, on est tellement prudes, enchaîne-t-il. On ne veut pas montrer des gens de cet âge (dans des scènes intimes), on préfère en montrer des plus jeunes. Mais ça fait partie de la vie. Que le film le permette, c’est important.»

À leur façon, à travers leur amitié, les trois personnages du film affichent leur libre arbitre, leur choix de choisir leur façon de vivre, mais aussi de quitter de monde. «C’est un constat sur la vie et les choix de mourir aussi. Les personnages respectent grandement la vie. Quelque part, c’est aussi un film sur l’espoir.»

À l’instar de son compagnon Rémy Girard, le comédien de 71 ans a préféré attendre un moment avant de se plonger dans le roman éponyme de Jocelyne Saucier qui a servi de matière première au film. «Je l’ai fait lorsque j’ai eu suffisamment l’impression que le scénario était dans ma tête. Je me suis aperçu que l’adaptation qu’en avait fait Louise (Archambault) était très proche de son univers.»

Gilbert Sicotte incarne Charlie, un survivant de la maladie qui a décidé de quitter les siens pour vivre au fond des bois.

Il pleuvait des oiseaux sera présenté en ouverture du Festival de cinéma de la Ville de Québec le 12 septembre, avant de prendre l’affiche le lendemain.