Dans la peau du cheminot Tsanko, Stefan Denolyubov, stoïque et au regard expressif, offre une performance remarquable.

Glory: l’heure juste ***1/2

CRITIQUE / S’il fallait donner un exemple sur l’importance de la diversité cinématographique en salles, ce pourrait être Glory (Slava). Cette comédie dramatique acidulée, qui représente la Bulgarie aux prochains Oscars, est un petit bijou de fable sociale grinçante, révélateur des pires turpitudes morales quand il s’agit d’argent, de cynisme et de pouvoir.

Le cheminot Tsanko Petrov (Stefan Denolyubov) mène une vie modeste, réglée comme une horloge. Lorsqu’il découvre un sac de billets de banque sur le bord de la voie ferrée, ce bègue intègre et un peu simple d’esprit prévient les autorités. Pour son plus grand malheur.

Comme dit un ami, le problème avec les arrivistes, c’est qu’ils arrivent… Julia Staykova, l’ambitieuse directrice des communications du ministère des Transports, en profite pour en faire un héros du jour et ainsi détourner l’attention médiatique du scandale de corruption qui secoue son employeur. Avant de parader Tsanko devant les médias, elle lui retire sa vieille montre familiale, de marque Glory, pour que le ministre puisse lui en remettre une digitale dernier cri… qui retarde!

Le cheminot ébouriffé ne cessera de tenter de récupérer son bien auprès de la relationniste toujours vissée à son cellulaire qui n’en a cure. Une parfaite incarnation du cynisme d’une frange des spécialistes de la communication publique.

Sous le couvert du récit en apparence absurde, Kristina Grozeva et Petar Valchanov présentent une vision critique de la Bulgarie où la population pauvre doit se débrouiller avec les moyens du bord et une fonction publique tatillonne héritée du communisme, alors que les nantis et les politiciens se délectent d’un capitalisme débridé.

Le duo avait également traité d’enjeux moraux dans son film précédent, La leçon (2014). Dans un autre registre, mais pas si éloigné au fond, Glory s’apparente au très bon Baccalauréat du Roumain Cristian Mungiu. À savoir qu’une trame simple peut en révéler beaucoup sur la société dont elle est issue. En particulier sur les plans politiques et éthiques, ainsi qu’une certaine déshumanisation qui est souvent l’apanage des bureaucraties qui croulent sous le poids des règles.

Et dans un cas comme dans l’autre, leurs récits tendent ainsi à l’universel. Impossible de ne pas comparer les fraudes qui secouent le ministère des Transports bulgare dans le film aux misères de son homologue québécois. Même chose pour les manœuvres de relations publiques pour détourner l’attention du public. On voit souvent ça ici aussi…

La paire s’en donne à cœur joie, utilisant une caméra portée en suivant les tribulations de Tsanko et de larges plans lorsqu’il est confronté à ce monde sophistiqué (en apparence) qui le dépasse. Mais c’est surtout dans l’implacable progression du récit que Glory se distingue. Une chose en entraînant une autre, l’innocent dont tout le monde se moque, sauf exception, est happé dans une histoire dont les enjeux le dépassent.

Dans la peau de Tsanko, Stefan Denolyubov, stoïque et au regard expressif, offre une performance remarquable, son bégaiement devenant une incarnation de la vulnérabilité du malheureux. Margita Gosheva ne lui cède pas un pouce en femme glaciale, manipulatrice et totalement égocentrique prête à toutes les manœuvres pour camoufler la réalité et en tirer profit. 

Le plus désespérant dans Glory, c’est peut-être à quel point il est hilarant malgré son aspect un peu caricatural. Preuve que les réalisateurs nous donnent l’heure juste. Et ils n’épargnent personne...

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***1/2
  • Titre: Glory
  • Genre: comédie dramatique
  • Réalisateurs: Kristina Grozeva, Petar Valchanov
  • Acteurs: Stefan Denolyubov, Margita Gosheva, Kitodar Todorov
  • Classement: général
  • Durée: 1h41
  • On aime: la fable sociale grinçante, la mécanique du récit absurde, l’excellence des acteurs
  • On n’aime pas: un peu caricatural