L’écrivain James Lord (Armie Hammer) a appris à la dure que poser pour Giacometti (Geoffrey Rush) n'était pas de tout repos.

Giacometti – Le portrait final: maître et modèle ***1/2

CRITIQUE / L’exposition Giacometti, qui bat son plein au Musée national des beaux-arts du Québec, n’est pas l’œuvre d’un artiste zen qui créait dans la béatitude et l’allégresse. Rien à voir. Le drame «Giacometti – Le portrait final», de Stanley Tucci, rappelle l’étrange personnage qu’était le peintre et sculpteur suisse.

L’adaptation du récit autobiographique de l’écrivain James Lord, présentée à l’auditorium du musée dès vendredi, montre Alberto Giacometti (Geoffrey Rush) en artiste torturé, bourru, excessif, habité par le doute, hanté par une insatisfaction permanente. Le modèle qui acceptait de poser pour lui était entraîné à son corps défendant dans un exercice qui pouvait durer des semaines, voire des mois.

Lord (Armie Hammer), un ami, l’apprit à la dure. De passage à Paris, en 1964, l’amateur d’art acquiesça à sa demande de poser pour un portrait. Le processus nécessitera finalement 18 jours, au cours desquels le réalisateur en profite pour explorer la relation d’amitié entre les deux hommes, mais surtout mettre en lumière l’approche artistique, souvent déroutante, de cet artiste hors du commun.

Au cœur du chaos
Campé au cœur de la bohème parisienne des années 60, Giacometti – Le portrait final invite le spectateur à découvrir son atelier de création, rue Hippolyte-Maindron, où le chaos règne en roi et maître. Ici et là, à travers sculptures et toiles inachevées, l’artiste cache des liasses d’argent. Toujours une cigarette au coin des lèvres, le fébrile Giacometti ne donne jamais l’impression de s’ennuyer dans ce capharnaüm.

De l’autre côté de la cour intérieure, ce n’est pas le cas de son épouse Annette (Sylvie Testud). Les disputes sont nombreuses dans le couple. Insatisfaite et frustrée de son manque de générosité à son égard, elle doit composer de surcroît avec sa maîtresse (Clémence Poésy), une prostituée à qui Giacometti voue un quasi-culte. Le frère et collaborateur essentiel de Giacometti, le taciturne Diego (Tony Shalboub), est aussi dans le décor, mais plus en retrait.

«Giacometti – Le portrait final» montre un Alberto Giacometti (Geoffrey Rush) en artiste torturé, bourru, excessif, habité par le doute et hanté par une insatisfaction permanente.

Grand admirateur de l’artiste, Stanley Tucci (The Big Night), également scénariste, filme au plus près, parfois caméra à l’épaule, cette galerie de personnages parfois déconcertants. Geoffrey Rush (l’orthophoniste de George VI dans Le discours du roi) épouse avec brio le rôle-titre, particulièrement dans ces moments où l’artiste, concentré devant son chevalet, se lance dans les premiers coups de pinceau d’une toile dont on sait qu’elle ne saura jamais le satisfaire. «Là où j’ai le plus d’espoir, c’est quand j’abandonne tout.» N’empêche, pour l’anecdote, le portrait de Lord s’est vendu plus de 20 millions $ en 1990…

La personnalité plus effacée de Lord fait contrepoids à l’exubérance et l’esprit volage de Giacometti. Entre deux interminables séances de pose, les deux hommes vont se promener dans un cimetière, prétexte à d’intéressants échanges sur l’art. Ainsi Giacometti, apprenons-nous, n’avait pas Picasso et Chagall en odeur de sainteté.

Au final, Tucci offre un biopic solide et de belle facture, mais qui aurait cependant gagné à investir davantage le champ de l’émotion.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***½

Titre: Giacometti – Le portrait final

Genre: drame biographique

Réalisateur: Stanley Tucci

Acteurs: Geoffrey Rush, Armie Hammer, Tony Shalboub, Sylvie Testud et Clémence Poésy

Classement: général

Durée: 1h30

On aime: la folle énergie de Geoffrey Rush, les scènes de Giacometti devant son chevalet, la reconstitution de son atelier bric-à-brac

On n’aime pas: l’approche un peu froide, le rôle plus effacé de Diego Giacometti