Toute la quincaillerie de Ghost in the Shell - Le film tourne autour de Scarlett Johansson, qui ne peut guère se faire valoir.

Ghost in the Shell: belle enveloppe vide **1/2

CRITIQUE / Les créateurs de Ghost in the Shell - Le film se seraient probablement bien passé des accusations d'appropriation culturelle qui ont fait rage ces derniers mois. Beaucoup de bruit pour rien. Et un bien pour un mal: la controverse aura braqué les projecteurs sur un film qui ne mérite pas toute cette attention. Le long métrage de Rupert Sanders est visuellement hallucinant, mais il lui manque une âme: une belle enveloppe vide...
Dans un futur proche, la compagnie robotique Hanka transfère le cerveau d'une jeune femme victime d'un attentat terroriste dans un corps cybernétique - d'où le titre (le fantôme de l'esprit dans une enveloppe). Devenu une arme de lutte contre la cybercriminalité, Major (Scarlett Johansson) et ses collègues de la section 9 doivent combattre un mystérieux ennemi qui élimine les scientifiques d'Hanka.
L'enquête du cyborg la conduit auprès de Kuze (Michael Pitt), une version antérieure à Major qui s'est révolté contre ses créateurs (oui, c'est Frankenstein à la sauce 3.0). Le rebelle lui fait d'étranges révélations sur des souvenirs communs et un maître de l'ombre du complexe militaro-industriel...
Le tape-à-l'oeil sonore et visuel, avec ses hologrammes 3D, ses publicités grandes comme des gratte-ciels et ses visions cauchemardesques d'un monde déshumanisé, ne masque pas la vacuité du propos et le fait que la trame du récit est assez prévisible.
Le long métrage de Sanders (Blanche-Neige et le chasseur, 2012) n'est pas la première adaptation du manga éponyme de Masamune Shirow - ne l'ayant pas lu, je ne peux juger de la justesse de celle-ci, mais ça ne change pas grand-chose au fait que cette relecture ne passera pas à l'histoire.
Mamoru Oshii en a réalisé une version animée en 1995. Extrêmement bien reçue par la critique, en particulier au Japon, elle est devenue un film-culte et a servi d'inspiration à La matrice des Wachowski.
Réflexion en surface
On comprend donc d'où vient l'esthétique de Ghost..., notamment les ultra-ralentis dans les scènes de bataille et le visuel cybernétique. L'oeuvre emprunte aussi à Blade Runner et à sa thématique. La réflexion reste toutefois bien en surface, contrairement au chef-d'oeuvre de Ridley Scott, malgré quelques pistes de réflexion sur les questions de l'identité, de la mémoire et de la singularité. Mais toutes les questions éthiques relatives aux effets de la technologie sur l'homme, tant sur le plan physique que psychologique, sont prestement évacuées.
Le réalisateur anglais maîtrise bien sa mise en scène, ponctuée de mouvements de caméra fluides et précis. Il livre exactement ce qu'on attend d'une superproduction hollywoodienne, sans surprise ni originalité.
Toute cette quincaillerie tourne autour de Scarlett Johansson, qui ne peut guère se faire valoir - elle était plus vivante en Samantha, le système d'exploitation dans Elle (Her, 2013) de Spike Jonze! Notons l'effort pour la posture et la démarche légèrement robotisées. La veuve noire des Avengers est une habituée des films d'action depuis L'île (Michael Bay, 2005), mais ce rôle rappelle plutôt la Lucy de Luc Besson (2014)...
Je serais surpris que Ghost in the Shell remporte autant de succès. Il ne comblera probablement pas les maniaques de manga et n'attirera pas tous les autres, malgré la présence de la séduisante Scarlett.
Au générique
Cote: ** 1/2
Titre: Ghost in the Shell - Le film
Genre: science-fiction
Réalisateur: Rupert Sanders
Acteurs: Scarlett Johansson, Michael Pitt, Takeshi Kitano et Pilou Asbaek
Classement: général
Durée: 1h46
On aime: l'esthétique hallucinante
On n'aime pas: la vacuité du propos, le manque d'âme