Xavier Dolan et la productrice Nancy Grant acceptent le prix Iris du meilleur film pour Juste la fin du monde.

Gala Québec cinéma: Dolan couronné 

Le cinéma québécois avait un gala renouvelé pour célébrer le meilleur de la cuvée 2016, mais c'est un familier des récompenses qui s'est imposé. L'intense Juste la fin du monde a, logiquement, valu à Xavier Dolan les Iris du meilleur film et de la réalisation au gala de dimanche soir, qui s'additionnent aux trois autres trophées remportés précédemment. Une soirée sans véritable surprise, à part les prix d'interprétation et deux plaidoyers vibrants.
Les Iris remplace les prix du cinéma québécois dont on ne peut plus dire le nom en raison du scandale retentissant entachant à jamais la réputation du réalisateur de Mon oncle Antoine (1971). On a voulu repartir sur de nouvelles bases avec Guylaine Tremblay et Édith Cochrane, deux vedettes populaires susceptibles de ramener à la hausse des audiences en chute libre. Et un gala présenté trois mois plus tard que d'habitude, histoire de ne pas être en compétition avec les émissions grand public.
Ce redémarrage ne masque pas le fait que la plupart des films en nomination avaient été vus par une poignée de spectateurs, y compris ceux en nomination pour le meilleur film. Le contraste était flagrant d'ailleurs avec la catégorie du Prix du public, dont trois des cinq longs métrages n'étaient pas en nomination dans les catégories de pointe.
Ce n'est toutefois pas les deux films les plus vus qui ont obtenu la faveur des Québécois, mais bien le film-choc 1 :54 de Yan England sur les difficultés d'un adolescent mal dans sa peau - les jeunes ont voté en masse! L'intimidation ne connaît pas de frontière ni de classe sociale, a rappelé le réalisateur fébrile en allant cueillir sa récompense.
Reste qu'il y avait peu de suspense dans les catégories principales. Après tout, Juste la fin du monde arrivait déjà couronné du Grand prix à Cannes en 2016 et du César de la meilleure réalisation. On était loin des 12 prix Jutra pour Mommy, mais tout de même... Différence notable, aucun de ses acteurs (français) n'a obtenu une récompense.
Briser le ronron
Le flamboyant réalisateur a profité de la tribune offerte pour pourfendre les positions récentes du CRTC et soutenir qu'il est, plus que jamais, «temps de se battre pour notre identité et notre culture». Une déclaration chaleureusement applaudie.
Tout comme celle d'Hugo Latulippe et d'Anaïs Barbeau-Lavalette, qui ont brisé le ronron du gala en dénonçant le sous-financement historique actuel réservé au documentaire. Interpelant les élus, le duo leur a demandé un financement adéquat pour ce «fleuron de notre identité culturelle». L'intervention était d'autant légitime qu'on apprenait pendant le gala que Québec venait d'accorder à Pour la suite du monde (1963), le chef-d'oeuvre de Michel Brault et Pierre Perrault, la dénomination d'événement historique.
De tous les Iris remis, aucun n'avait, toutefois, une aussi profonde résonnance que celui décerné à Gabriel Arcand, extrêmement juste et touchant dans Le fils de Jean. Le vétéran, dont l'immense talent n'a pas assez été récompensé à sa juste valeur depuis le début de sa carrière, a totalement éclipsé les jeunes loups qui rôdaient autour du trophée.
On s'attendait à ce que Mylène Mackay, divine dans Nelly, obtienne l'Iris de la meilleure interprète et la jeune femme a prévalu. Très touchée, l'actrice a tenu à rendre hommage à «l'insaisissable» Nelly Arcan pour avoir mis des mots sur un mal-être ressenti par beaucoup de femmes ainsi qu'à ses parents, qui lui ont rappelé la signification de la résilience au moment où elle pensait abandonner le métier.
Grosse surprise
Par contre, grosse surprise : Céline Bonnier est repartie avec l'Iris du second rôle féminin pour sa performance éclatante dans Embrasse-moi comme tu m'aimes d'André Forcier. On attendait Emmanuelle Lussier-Martinez, resplendissante dans Les mauvaises herbes. Céline Bonnier avait été sacrée meilleure actrice l'an dernier grâce à La passion d'Augustine de Léa Pool.
Comme prévu, Theodore Ushev a obtenu l'Iris du Meilleur court animation pour Vaysha l'aveugle, qui était en lice aux Oscars en février et récipiendaire du prix spécial du jury au Festival d'Annecy. En son absence, le porte-parole du réalisateur d'origine bulgare a demandé que les propriétaires de salle diffusent des courts d'animation avant les longs. Une demande légitime qui, comme d'habitude, va rester lettre morte.
Medhi Bousaidan, qui venait remettre un prix, a abordé la question de la diversité dans notre cinéma très blanc en appelant les créateurs d'ici à sortir des stéréotypes et à engager les acteurs pour ce qu'ils sont et non pour le pays dont ils sont issus. 
Parlant de diversité, le Gala a souligné l'intense performance de Rykko Bellemare de l'Iris de la révélation, un des six nouveaux prix de cette formule revampée, dans le très beau Avant les rues de Chloé Leriche, qui célèbre la richesse de l'âme attikamek.
Pour cette édition 2017, Lyse Lafontaine a obtenu l'Iris hommage lors du gala hors d'onde qui s'est déroulé jeudi dernier. Ainsi que plusieurs artisans, qui ont eu moins eu l'honneur de monter sur scène avant la remise du prix du meilleur film. C'était la moindre des choses.
Cinq moments marquants du gala Québec Cinéma
Le gala Québec cinéma récompensait dimanche soir les meilleurs films québécois de l'année. La cérémonie, animée par Guylaine Tremblay et Édith Cochrane, a été marquée par plusieurs moments forts, dont voici quelques exemples:
- Le baiser Tremblay-Cochrane
Les comédiennes ont causé toute une surprise en s'embrassant longuement sur la bouche à l'ouverture du gala. Leur baiser a été accueilli par des applaudissements, des rires et des sifflements.
- Plaidoyer pour l'égalité des femmes
«Mesdames, le combat est terminé», a ironisé Édith Cochrane, parlant de l'égalité homme-femme. Guylaine Tremblay a rappelé que parmi les 25 longs métrages en nomination, seulement trois ont été réalisés par des femmes. Les animatrices ensuite ont proposé des titres alternatifs aux films de l'année pour qu'ils touchent davantage aux «intérêts» des femmes - à la blague, bien sûr. «Juste la fin des règles», «Les mauvaises règles» et «Les trois p'tits tampons» ont notamment été suggérés.
- La spontanéité d'Alexandre Dostie
Le réalisateur beauceron, récompensé pour Mutants, a fait rire certains et grincer des dents d'autres avec sa spontanéité déconcertante. En arrivant sur scène, il a dû prendre une pause pour faire un rot - selon son propre aveu. «C'est la cerise sur le gâteau aux cerises», a-t-il lancé en regardant ses notes, avant d'ajouter que c'était «plate» de lire un message préparé. Il a terminé son discours sur une note émotive, en remerciant sa «muse», sa mère.
- Pour la suite du monde désigné événement historique
Le ministre de la Culture, Luc Fortin, a annoncé dans une vidéo qu'il avait désigné le documentaire de Pierre Perreault et Michel Brault comme événement historique en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Le documentariste Hugo Latulippe et la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette ont parlé avec passion de cette oeuvre, et les enfants des cinéastes étaient présents dans la salle.
- Ovation pour un Oscarisé québécois
C'est Sylvain Bellemare, le récipiendaire d'un Oscar pour le meilleur montage sonore du film Arrival, qui a présenté le prix du meilleur film. M. Bellemare, qui semblait ému, a été ovationné par la foule.
La Presse canadienne