La musique occupe une place prépondérante dans La guerre froide, tout comme la splendide photo en noir et blanc.

Film de la semaine: La guerre froide ***

CRITIQUE / Pawel Pawlikowski menait une carrière presque confidentielle jusqu’à Ida, avec ses 70 récompenses internationales et l’Oscar du meilleur film étranger en 2015. On attendait évidemment avec beaucoup d’impatience son nouveau long métrage, un drame sentimental présenté en compétition au Festival de Cannes. La guerre froide (Zimna wojna) y a remporté le très mérité Prix de la mise en scène.

Les parallèles entre les deux films sont nombreux. Encore une fois, Pawlikowski s’intéresse au passé de la Pologne. Dans Ida, il examinait la collaboration des Polonais avec les nazis dans l’extermination des Juifs et leur relation tordue avec la religion catholique. Cette fois, il scrute de façon plus marquée le poids du régime soviétique. Et une fois de plus, la musique occupe une place prépondérante, tout comme la splendide photo en noir et blanc.

Le cinéaste a ainsi voulu traduire la grisaille des régimes communistes de l’après-guerre. Et c’est absolument superbe pour ce qui est de la composition — on pense aux photos de Sebastião Salgado dans leur force d’évocation. En quelques plans, Pawlikowski réussit à suggérer l’histoire de son pays et son catholicisme profondément ancré. 

Pawlikowski s’est inspiré de l’histoire de ses parents artistes pour mettre en scène un amour impossible sur fond de guerre froide. À l’heure des superproductions explosives qui font de la surenchère leur moteur, il faut beaucoup de courage pour prendre le pari de l’épure et des sentiments. Du cinéma d’auteur, bien sûr, mais auquel tout le monde peut s’identifier. 

La guerre froide débute en 1949 où un étrange trio, mené par le musicien Viktor (Tomasz Kot), parcourt la campagne polonaise à la recherche de talent authentique de la culture populaire. Leur but : constituer un ensemble national de chanteurs et de danseurs qui va faire rayonner le folklore au pays et au-delà. 

Parmi les jeunes retenus pour leur authenticité, Zula (Joanna Kulig), une magnifique jeune femme qui détonne avec son tempérament trempé et son pouvoir de séduction. Viktor ne résiste pas longtemps à cette incarnation du charme slave. 

Malheureusement pour eux, le régime communiste ne résiste pas longtemps, lui, à l’envie de s’approprier leur succès pour en faire un outil de propagande. Lors d’une visite à Berlin, le chef d’orchestre presse sa protégée de fuir à l’ouest avec lui. Viktor partira pour Paris, Zula restera. Il a des aspirations artistiques, elle, des désirs plus terre-à-terre. 

Procédant par ellipses et condensant le temps de façon remarquable, Pawlikowski va raconter les déchirements de leur passion de chaque côté du rideau de fer pendant 10 ans. 

Dommage que la dernière partie, moins maîtrisée, ne soit pas assez incarnée pour vraiment bouleverser. Enfin, d’autres y verront peut-être une grande tragédie bouleversante dont la finale serre le cœur.

Peu importe. La réalisation de La guerre froide, d’une beauté poétique évocatrice, vaut à elle seule le détour par une salle de cinéma. Sans parler de la lumineuse Joanna Kulig, qui avait un petit rôle dans… Ida!

Au générique

  • Cote : ***
  •  Titre : La guerre froide (v.o.s.-t.f.)
  • Genre : Drame
  • Réalisateur : Pawel Pawlikowski 
  • Acteurs : Joanna Kulig, Tomasz Kot
  • Classement : Général
  • Durée : 1h24
  • On aime : la remarquable réalisation. La superbe photo. L’intensité de l’interprétation.
  • On n’aime pas : une deuxième partie moins maîtrisée.