Tristan Goyette Plante, Roy Dupuis et Francis Leclerc

Félix, du père au fils

Mercredi après-midi, Francis Leclerc avait hâte au lendemain. Parce que la première mondiale de Pieds nus dans l'aube serait derrière lui. Dans sa ville d'origine, rien de moins, à quelques jets de pierre de l'île d'Orléans où a vécu Félix Leclerc. Un film «plus personnel» sur l'enfance de son célèbre père, récit initiatique porté par la poésie du chanteur et les images de son fils, qui évoque avec grâce le bonheur tranquille de l'innocence.
Le réalisateur a convaincu son distributeur de faire cette première au Festival de cinéma de la ville de Québec. Une faveur pour l'équipe du FCVQ et un «apaisement» pour le cinéaste dans un environnement moins «brutal qu'un autre festival», surtout pour les enfants qui incarnent Félix (Justin Leyrolles-Bouchard) et son ami Fidor (Julien Leclerc). «Je suis content du résultat», dit-il en entrevue, attablé dans le resto d'un hôtel de la Grande Allée.
Le stress était quand même intense parce que l'artiste accepte pour la première fois d'évoquer son père dans un film. Avec l'aide de Fred Pellerin, Francis a adapté le premier roman de Félix, qui revient sur l'été de ses 12 ans, avant qu'il quitte sa famille pour aller étudier à Ottawa. 
Récit initiatique - l'enfant est confronté à l'amour, à la mort, à la pauvreté et aux aléas de la vie -, mais aussi histoire de la relation forte entre son père Léo (Roy Dupuis, toujours aussi intense) et Félix, au milieu de ses huit frères et soeurs. Un film père-fils dans lequel Francis se «livre beaucoup», porté par la plume magnifique de Félix - les dialogues sont exceptionnels.
Francis Leclerc devait toutefois réussir à magnifier la nature sauvage de La Tuque, ce qu'il réussit à merveille. Sa réalisation démontre son sens de la composition des plans et son souci du détail. Mais, surtout, il réussit à convier le tourbillon d'émotions qui secouent Félix en insistant sur les regards, sans rien plaquer.
Il a parcouru du chemin, Francis Leclerc, depuis ses études à l'Université Laval, qu'il a quittée en claquant la porte. «Tu ne feras jamais de cinéma de ta vie», sont les dernières paroles qu'il a entendues. «Ça m'a botté le cul. Je devrais peut-être les remercier.»
Nul doute, les résultats sont là. Pieds nus dans l'aube est un long métrage dont on va beaucoup entendre parler à sa sortie en salle, le 27 octobre. On y reviendra plus amplement à ce moment.
Samba couronné
Cette projection de gala était précédée par la remise des prix du FCVQ. Le jury a décerné le Grand prix de la compétition à Samba, long métrage de Laura Amelia Guzman et Israël Cardenas. Ce drame sur la rédemption s'attache à la destinée d'un homme qui doit se servir de son talent naturel de boxeur pour gagner sa vie après un séjour en prison.
Le jury a aussi accordé une mention à Lucky de John Carroll Lynch, qui met en vedette le grand Harry Dean Stanton, décédé récemment.
Frédérick Tremblay est reparti avec les grands honneurs pour les courts métrages grâce à Toutes les poupées ne meurent pas. Crème de menthe de Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné a obtenu une mention du jury et le Prix du public.
Côté court toujours, l'acteur et dramaturge Maxime Robin est reparti avec la bourse à la création des cinéastes de Québec pour Ballet Jazz, bourse qui comprend une aide appréciable en équipement et en postproduction ainsi que 3000 $ en argent.
Scris/Nescris d'Adrian Silisteanu a mérité le Grand prix de la compétition internationale courts métrages.
À voir au FCVQ aujourd'hui...
› Birdman 
(Alejandro González Iñárritu) 
Palais Montcalm, 20h
Le spectaculaire Birdman, couronné de quatre Oscars, est un événement en soi, mais accompagné par le batteur virtuose Antonio Sánchez, qui interprète la partition en direct, c'est le clou de la septième édition du FCVQ.
› La belle et la meute 
(Kaouther Ben Hania) 
Palais Montcalm, 15h30
En compétition, ce drame de moeurs a d'abord été présenté dans la section Un certain regard à Cannes. La réalisatrice tunisienne y raconte l'histoire de Mariam, une étudiante qui rencontre Youssef, et de son combat pour faire respecter ses droits et sa dignité.
› A Wall Is a Screen
Place D'Youville, 20h
Le collectif allemand propose un amalgame de visite guidée de la ville et de courts métrages qui font découvrir Québec, promet-on, comme on ne l'a jamais vue en s'appropriant les espaces négligés, les bâtiments familiers et des façades commerciales... Intrigant.