Michael Moore se met (encore) en scène lorsqu’il retourne dans sa ville natale de Flint, secouée par un scandale d’eaux polluées.

«Fahrenheit 11/9»: amère America ***

CRITIQUE / La recette Michael Moore commence à être connue. Depuis «Bowling à Columbine», le cinéaste engagé n’en finit plus de pourfendre l’establishment américain et de dénoncer tout ce qui cloche aux États-Unis, à grands coups de documentaires tendancieux au montage nerveux et fourmillant d’images d’archives.

Son nouvel opus, Fahrenheit 11/9, clin d’œil à son film anti-Bush Fahrenheit 9/11, ne fait pas exception. L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche lui donne l’occasion de laisser libre cours à sa frustration pour dénoncer les injustices sociales et les politiciens qui font fi du bien commun.

Le film commence lors de la soirée électorale du 9 novembre 2016 — le 11/9 du titre — alors que les démocrates célèbrent avant l’heure l’élection à la présidence de Hillary Clinton. On connaît la suite. Est plutôt porté au pouvoir, même s’il a recueilli moins de votes au suffrage populaire, un certain politicien populiste à la coiffure orange.

«How f… did this happen?» s’insurge le cinéaste avant d’explorer le terreau qui a permis la montée en puissance du personnage.

Fidèle à son style, Moore fait débouler images d’actualité et extraits de bulletins de nouvelles pour soulever au bulldozer le passé et les premiers mois au pouvoir de Trump. Son racisme, sa misogynie, son attirance pour les dictateurs et autres tyrans, rien de nouveau sous le soleil pour quiconque s’intéresse à la politique américaine.

Le réalisateur de gauche pousse le bouchon jusqu’à comparer le controversé président à Hitler, mettant en parallèle plusieurs similitudes entre les deux hommes et comparant la situation sociopolitique des États-Unis d’aujourd’hui à celle de l’Allemagne du milieu du siècle dernier, lors de l’arrivée du Troisième Reich.

Moore se plaît à prendre ses rêves pour la réalité, dans une scène au montage fictif montrant le président républicain escorté par des agents du FBI, après une hypothétique procédure de destitution. L’une des choses «qui peuvent nous sauver», croit-il.

Lorsque Moore retourne à Flint, au Michigan, secoué par un scandale d’eaux polluées à des fins industrielles, le film perd de son élan déjà fragile. On comprend qu’il puisse aimer sa ville natale, mais il y perd beaucoup trop de temps, malgré les odeurs nauséabondes qui s’échappent des officines du pouvoir. Ce séjour lui donne l’occasion de se mettre (encore) en scène, se filmant en train d’arroser d’eau polluée la pelouse de l’élu du Michigan, le «pdg de l’État».

Pour une rare fois dans sa filmographie, Moore s’en prend aux démocrates. Il accuse Barack Obama d’être à la solde de Wall Street et d’y être allé allègrement dans l’expulsion d’immigrés clandestins. Seul Bernie Sanders échappe à sa vindicte.

En fin de parcours, Fahrenheit 11/9 renoue un moment avec Bowling à Columbine pour mettre en relief, sur un ton volontairement optimiste, le mouvement anti-armes à feu supporté par des milliers d’adolescents dans la foulée de la tuerie de l’école Parkland, en Floride.

Le film se termine sur l’image de la jeune Emma Gonzalez, à Washington, regardant l’horizon en silence, le regard embué par les larmes, dans l’espoir d’un vent de changement.

À voir Moore afficher d’un film à l’autre, depuis une quinzaine d’années, sa désillusion du fameux rêve américain, on peut se demander si ce jour finira par arriver. «L’Amérique que je veux voir est l’Amérique que nous n’avons jamais eue», se désole-t-il.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***

• Titre: Fahrenheit 11/9

• Genre: documentaire

• Réalisateur: Michael Moore

• Classement: général

• Durée: 2h07

• On aime: la constance dans l’effort à dénoncer les dysfonctionnements américains, le travail d’archivage et de montage

• On n’aime pas: la recette Michael Moore qui commence à sentir le réchauffé, les longueurs dans le segment du scandale de l’eau potable à Flint