Anthony Hopkins (Benoît) et Jonathan Pryce (François) sont les deux interprètes principaux du film «Les deux papes».

Face-à-face imaginaire entre «Les deux papes»

LOS ANGELES — À chaque histoire son héros et son méchant. Quand Fernando Meirelles a décidé de faire un film sur un face-à-face entre le pape François et le pape émérite Benoît XVI, le réalisateur brésilien a rapidement distribué les rôles, peut-être un peu hâtivement.

Pour la première fois depuis sept siècles, l’Église catholique a deux pontifes bien vivants et le film Les deux papes imagine une série de débats passionnés entre un Benoît strict et conservateur et son charismatique successeur François, à la fibre plus sociale.

«Au début du film, pour moi Benoît était “le mauvais pape” et François “le gentil pape”», dit le réalisateur brésilien. Mais au fur et à mesure du tournage, Fernando Meirelles en a appris davantage au sujet de chacun des deux hommes et un changement a commencé à s’opérer en lui.

Il a notamment regardé Benoît XVI, l’Allemand Joseph Ratzinger pour l’état civil, d’un autre œil. «J’ai lu certains de ses écrits. Et j’ai regardé certains de ses sermons. Il est intéressant», a-t-il expliqué à l’AFP lors de la présentation de son film à Los Angeles.

«Je pense que la presse a créé cette image de “nazi”, ce qu’il n’est pas vraiment... Il n’est pas si différent du pape François en réalité», estime Fernando Meirelles.

À l’écran, les deux hommes surmontent leurs différences notamment grâce à la musique d’un Benoît pianiste et à la passion de François pour le soccer, se lançant dans d’intenses conversations dans la résidence d’été du pontife et dans la chapelle Sixtine à Rome.

Le film produit par Netflix a retenu deux vedettes britanniques pour incarner les protagonistes, Anthony Hopkins (Benoît et Jonathan Pryce (François), et pourrait figurer parmi les favoris des Oscars.

Il a été écrit par un Néo-Zélandais, Anthony McCarten, dont les trois derniers films (Une merveilleuse histoire du temps, Les heures sombres et Bohemian Rhapsody) ont tous valu à leurs acteurs principaux masculins la plus prestigieuse des statuettes dorées.

M. McCarten estime qu’Anthony Hopkins et Jonathan Pryce signent dans Les deux papes l’une des meilleures performances de leur longue carrière.

Pour M. Hopkins, l’accueil chaleureux réservé au film a été «une grosse surprise» et il espère qu’il sera reçu comme une leçon de tolérance : «Asseyons-nous, parlons-nous et arrêtons d’être aussi sinistres à propos de tout», a lancé l’acteur, déjà récompensé par un Oscar pour son rôle de tueur en série cannibale dans Le silence des agneaux.

Pédophilie et dictature 

En 2013, lorsque Benoît XVI avait démissionné, l’Église était en proie à des scandales d’abus sexuels sur des enfants et de malversations financières, des événements que le film de Fernando Meirelles ne fait qu’effleurer.

À un moment, François entend en confession son prédécesseur, qui lui avoue avoir eu connaissance des accusations de viols contre un prélat mexicain, Marcial Maciel. Mais leurs voix s’éteignent rapidement, laissant le spectateur combler les vides.

«J’ai dû faire preuve d’une grande prudence pour ne pas aller trop loin», affirme le réalisateur. «Nous avions davantage de dialogues sur les abus pédophiles, mais si j’ajoutais deux paragraphes de plus sur le sujet, ça serait devenu un film sur ces abus», dit-il.

Dans le film, Benoît apparaît comme un personnage étonnamment aimable, un exploit que le réalisateur attribue au charme considérable d’Anthony Hopkins.

Le film s’attarde aussi, sous forme de flash-back, sur une période floue dans l’histoire du pape François. En tant que chef des Jésuites en Argentine, il y fut accusé de complicité avec la violente dictature militaire dans les années 70.

«François divisait et divise encore en Argentine. On en parle dans le film», a souligné Jonathan Pryce, expliquant à l’AFP avoir aussi étudié ses «défauts et faiblesses» pour mieux camper le personnage.

Les deux papes sort le 27 novembre dans quelques cinémas américains, puis sur Netflix le 20 décembre.