Expo 67, le réveil de la fierté ****

CRITIQUE / «Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait.» L'aphorisme de Mark Twain sied à merveille aux protagonistes du documentaire Expo 67 - Mission (Im)Possible, ces hommes de l'ombre qui ont relevé le défi de faire d'un projet pharaonique la fierté de tout un peuple.
Le défi de Philippe de Gaspé Beaubien et de ses collaborateurs tenait de la folie. Après le désistement de Moscou, choisie comme ville hôtesse de l'exposition universelle de 1967, il ne restait que trois ans et demi pour tout faire. Même les ordinateurs de l'époque croyaient que le travail, compte tenu de son ampleur, ne pourrait être terminé qu'en... octobre 1969. 
Au diable les pronostics d'IBM et les oiseaux de malheur, tout le monde s'est mis au travail dans une collégialité belle à voir. Face à ce «deadline impossible», le colonel Edward Churchill décide d'appliquer la méthode dite du «cheminement critique», où toutes les forces convergent vers un même objectif, comme lors de l'élaboration de la bombe nucléaire, pendant la Seconde Guerre mondiale. Foudroyé par un infarctus, le militaire continuera à diriger les opérations depuis son lit d'hôpital...
Les maîtres d'oeuvre d'Expo 67 se sont montrés imperméables à toute pression des politiciens fédéraux, le chef conservateur John Diefenbaker en tête, déterminés à cesser de financer ce qui s'annonçait comme un gouffre sans fond. Leur frustration était d'autant plus grande qu'ils avaient l'impression d'«encourager le mal», en référence à la montée du séparatisme au Québec. 
Contre toute attente, Expo 67 a été inaugurée à temps. L'événement a connu un succès monstre. Des personnalités de tous les pays - Elizabeth II, Jackie Kennedy, Charles de Gaulle, Grace de Monaco... - sont venues y parader. Montréal était désormais une ville incontournable sur l'échiquier planétaire.
Ce documentaire de belle facture, conçu comme un thriller à la Mission : Impossible (thème musical de Lalo Schifrin en moins...), baigne dans la douce nostalgie d'une époque de tous les possibles. Son grand mérite est d'insuffler une fierté qui fait cruellement défaut à la société québécoise contemporaine, engluée dans le cynisme et échaudée par les grands projets, le fiasco olympique de 1976 étant encore frais dans les mémoires.
Une version 2.0 d'Expo 67 serait-elle possible aujourd'hui? Difficile d'y croire, ne serait-ce qu'en raison des finances publiques de plus en plus serrées, de l'influence prépondérante des décideurs politiques et des contraintes environnementales découlant de la construction  d'une île en plein milieu du fleuve.
N'empêche, le film démontre avec éloquence que la foi pouvait à l'époque déplacer des montagnes et que le Québec était capable de grandes choses. Dixit Philippe De Gaspé Beaubien : «On avait toujours dit qu'on était nés pour un p'tit pain. Après Expo 67, on pouvait prendre le pain au complet...»
Au générique
Cote: ****
Titre : Expo 67 - Mission (Im)Possible
Genre : documentaire
Réalisateurs : Guylaine Maroist, Michel Barbeau et Éric Ruel
Classement : général
Durée: 1h08
On aime: la qualité de la recherche, le montage rythmé, le dynamisme de Gaspé de Beaubien, la fierté transmise par le film
On n'aime pas : -