Charles, un des petits patients du documentaire Et les mistrals gagnants 

Et les mistrals gagnants: l'insouciance de l'enfance ***

CRITIQUE / Il faut avoir un coeur de pierre pour ne pas être touché par Et les mistrals gagnants. La réalisatrice accompagne cinq enfants, âgés de six à neuf ans, atteints de maladies graves qui ont néanmoins beaucoup d'aptitudes au bonheur. Forcément, le documentaire devient presque incritiquable. Mais même s'il est plein de bonne volonté et de bons sentiments, il n'en est pas exempt pour autant de maladresses.
«Quand on est malade, ça n'empêche pas d'être heureux», lance un des petits patients à la caméra. Ce qui résume bien le parti pris du film. Anne-Dauphine Julliand a voulu montrer l'insouciance de l'enfance. Et la résilience, bien sûr. Ces enfants auraient toutes les raisons du monde de se plaindre. «C'est pas grave. On laisse tomber les choses qui nous tracassent et on vit avec», confie Ambre, neuf ans.
Mais entre les moments de bonheur en famille, la réalisatrice a inséré des scènes de pleurs et de douleurs, de traitements délicats, presque insupportables. L'approche est sincère, sans être dénuée d'un certain voyeurisme. On ressent un certain malaise devant quelques gros plans, même s'il y a parfois des plans plus larges, en recul.
En fait, Et les mistrals gagnants manque parfois de distance. L'idée d'une caméra portée, à la hauteur de ces enfants, a l'avantage de nous mettre à leur hauteur - et ce sont eux les narrateurs. Mais aussi de nous forcer, en quelque sorte, à nous identifier. Ce n'est pas nécessaire.
Résultat : on se sent parfois otage de ce long métrage. D'autant que tant de courage relègue au second plan nos petits bobos réels ou imaginaires. Et il est impossible de qualifier la réalisatrice d'opportuniste - la femme de 43 ans a perdu une de ses quatre enfants à la maladie. Une expérience qu'elle a relaté dans son livre Deux petits pas sur le sable mouillé.
D'autant que le traitement n'a rien de misérabiliste, même si on passe beaucoup de temps à l'hôpital pédiatrique Robert-Debré (l'équivalent de Sainte-Justine, à Montréal). L'honnêteté brutale des enfants pour expliquer leur maladie permet d'éviter ce piège. Il y a parfois une poésie enfantine très touchante dans leur propos comme ce «ma peau est fragile comme les ailes de papillon» de Charles.
Cette poésie se transforme presque en état de grâce vers la toute fin, quand un montage des cinq enfants dans de beaux moments est accompagné par Mistral gagnant, la chanson de Renaud qui a servi d'inspiration pour le titre (ce qui contraste avec la trame sonore plaquée qui force l'émotion). 
Un morceau qui rappelle que même à travers les larmes et la douleur, on peut trouver des parcelles de bonheur. Et profiter du moment présent. Surtout avec nos enfants.
AU GÉNÉRIQUE
Cote: ***
Titre: Et les mistrals gagnants
Genre: documentaire
Réalisatrice: Anne-Dauphine Julliand
Classement: général
Durée: 1h20
On aime: l'approche franche, l'aptitude au bonheur des enfants, les sourires à travers les larmes
On n'aime pas: un manque de distance