Le drame repose entièrement sur les épaules de Sophie Nélisse, qui en fait parfois trop, surtout dans sa candeur amoureuse (ici avec Jean-Simon Leduc).

Et au pire, on se mariera: confession d'une jeune névrosée **1/2

CRITIQUE / Et au pire, on se mariera était attendu avec impatience cet automne. Parce que Léa Pool poursuit sur la lancée de l'immense succès populaire de La passion d'Augustine (2015). Mais aussi en raison de son sujet sulfureux : la passion d'une adolescente de 14 ans pour un homme du double de son âge. Une Lolita du point de vue féminin, sans toutefois la complexité et la profondeur de l'oeuvre de Nabokov.
Aïcha (Sophie Nélisse) est une mésadaptée socioaffective qui trompe son ennui en errant dans les ruelles crades au pied du Stade olympique. Solitaire, elle a pour seuls amis deux prostitués travestis. À fleur de peau, elle cherche à grandir trop vite et déteste sa mère, Isabelle (Karine Vanasse), qui tente tant bien que mal de maintenir le couvercle sur ce volcan toujours sur le point d'exploser.
Jusqu'à ce qu'elle croise Baz (Jean-Simon Leduc, vu dans L'amour au temps de la guerre civile). C'est le coup de foudre (à sens unique). Intense. La mythomane et manipulatrice Aïcha ne fait qu'une bouchée de l'homme de 28 ans, un bonasse crédule qui veut l'aider et qui résiste, tant bien que mal, à la tentation. Jusqu'au drame, inévitable.
L'adaptation du roman de Sophie Bienvenu était délicate puisque le récit est écrit entièrement du point de vue d'Aïcha. Léa Pool et l'auteure ont conservé la structure : l'ado livre une longue confession après son arrestation, point de départ du long métrage. 
Celle-ci sert de prétexte à un long retour en arrière, intercalé de scènes d'enfance qui servent, en quelque sorte, d'explication au comportement névrotique d'Aïcha. La fillette (Isabelle Nélisse, la soeur de Sophie) est entichée de son beau-père Hakim (Mehdi Djaâdi) et veut tuer (symboliquement) sa mère. Oui, ce bon vieux complexe d'OEdipe...
Il y a là une riche matière pour explorer les questions d'inceste, de transgression, de pédophilie, du difficile passage de l'enfance à l'âge adulte alors que des émotions contradictoires se bousculent. La question sociale de la monoparentalité à faible revenu aussi.
Et au pire, on se mariera reste toutefois en surface, dans une volonté de ne pas choquer qui lui fait perdre une grande partie de sa force de frappe. Bien sûr, on peut louanger la volonté de la cinéaste de ne pas sombrer dans le sensationnalisme, surtout dans les rares scènes à connotation sexuelle. Mais en résulte un film lisse et sage qui peine à maintenir l'intérêt - ce qui est quand même un comble. Personne ne ressortira choqué du visionnement.
À souligner, le travail efficace de Michel Cusson à la trame sonore, insufflant une tension qui fait souvent défaut à la narration. La réalisation conventionnelle de Léa Pool est, heureusement, brassée par les versions changeantes d'Aïcha, qui sont toutes montrées (on comprend assez rapidement quand elle ment ou pas).
Le drame repose entièrement sur les épaules de Sophie Nélisse, qui en fait parfois trop (surtout dans la candeur amoureuse). Il lui manque également un côté canaille pour qu'on y croie vraiment. Ce n'est toutefois pas la principale faille d'Au pire, on se mariera, outre le fait que les personnages de Baz et d'Isabelle manquent d'épaisseur dramatique et psychologique.
La question est : est-ce qu'on y croit? Pas vraiment. Mais ma perception est probablement altérée par le fait que le personnage d'Aïcha, trop monolithique, m'est rapidement apparu insupportable dans son égocentrisme théâtral. Dommage que ce soit ça qui m'ait dérangé et non le récit.
Au générique
Cote: **1/2
Titre: Et au pire, on se mariera
Genre: drame
Réalisatrice: Léa Pool
Acteurs: Sophie Nélisse, Jean-Simon Leduc et Karine Vanasse
Classement: 13 ans et plus
Durée: 1h31
On aime: la direction photo, un refus du sensationnalisme, la trame sonore
On n'aime pas: un manque d'aspérités, un traitement trop en surface