Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Des réfugiés entassés sur un pont regardent un match de soccer improvisé dans le camp de Kutupalong.
Des réfugiés entassés sur un pont regardent un match de soccer improvisé dans le camp de Kutupalong.

Errance sans retour: courageux, pertinent et profondément humain *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
CRITIQUE / Il y a plusieurs choses qu’il faut saluer avec l’arrivée d’Errance sans retour au cinéma : le courage de réaliser d’un long documentaire sur les réfugiés rohingyas ; la persévérance de Mélanie Carrier et Olivier Higgins ; la superbe esthétique poétique qui traduit une vision singulière du sujet ; l’humanisme du propos… Ce qui fait du film une expérience immersive pertinente et touchante.

En 2014, avec Québékoisie, le duo est parti à la rencontre d’une minorité ostracisée au Québec — les représentants des Premières Nations.

Cette fois, la répression s’avère beaucoup plus brutale. Les Rohingyas, une minorité musulmane, ont fui les exactions se déroulant au sein du Myanmar (ex-Birmanie), majoritairement bouddhiste.

Ils sont quelque 700 000 apatrides entassés sur 13 km2 dans le camp de réfugiés de Kutupalong, au Bangladesh, dans des conditions miséreuses et révoltantes.

Cette lutte quotidienne pour la survie intéressait beaucoup plus les cinéastes que les problématiques sociopolitiques, économiques et historiques à l’origine de cette tragédie humaine — le titre en révèle beaucoup sur le destin des Rohingyas.

Pour nous illustrer la cruauté de ce destin collectif, le duo opte pour le microcosme, celui de la famille de Mohammed, qui est hanté par les horreurs du génocide et qui lui causent des terreurs nocturnes. Il élargit ensuite le propos à tous ceux qui demeurent coincés dans cette prison à ciel ouvert où famine et promiscuité règnent.

Mais le principal atout réside dans la collaboration de Kalam, un réfugié dont les très beaux poèmes en voix hors champ servent de colonne vertébrale à la narration (assurée par Mohammed Shofi). Son témoignage, empreint de réalisme, de douleur et, malgré tout, d’espoir, ajoute une dimension supplémentaire au film, à l’image de ces cerfs-volants qui parsèment le ciel du camp.

En évitant le didactisme, le documentaire gagne en force d’impact même s’il aurait pu reposer sur une mise en contexte un peu plus approfondie, notamment sur le trafic humain qui terrorise les parents.

N’empêche. Le film prouve aussi que la beauté peut jaillir de la misère — les enfants en sont toujours un puissant vecteur.

Les enfants peuvent faire jaillir la beauté, mais ils se souviennent aussi de l'horreur...

Les cinéastes de Québec le reconnaissent volontiers, Errance sans retour n’aurait pas existé sans le travail préliminaire de Renaud Philippe sur le terrain. Ses photos ont inspiré le credo du couple. Il a ensuite œuvré à la direction photo avec Olivier Higgins, ce qui a, par le fait même, teinté l’esthétisme du long métrage.

La poétique s’inscrit dans une démarche, proche du cinéma direct, qui va à l’encontre des images léchées de la porno du malheur. Leur regard se pose sur les gens avec empathie.

Il faut souligner à ce propos le riche environnement sonore qui contribue à nous transporter sur place.

Que ce soit le but ou non, Errance sans retour arrive à secouer notre apathie et à relativiser notre petit malheur de confinés. Quand vous vous entassez dans une cabane en bambou, que vous cuisinez votre maigre pitance sur un four à bois, que l’éducation de vos enfants tient à trois fois rien et que votre horizon semble considérablement obscurci, le concept de liberté prend une tout autre dimension...

Errance sans retour est présenté au cinéma et en vidéo sur demande

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Errance sans retour

Genre : Documentaire

Réalisateurs : Mélanie Carrier, Olivier Higgins

Durée : 1h27