«En liberté!», avec Pio Marmaï et Adèle Haenel, flirte avec l’absurde, où on va passer de scènes déjantées à d’autres, explosives.

«En liberté!», un bijou de comédie ***1/2

CRITIQUE / Maîtriser l’art de la comédie, au cinéma, représente un défi considérable si on veut éviter le vulgaire et le rire gras. Avec «En liberté!», Pierre Salvadori signe un petit bijou aux dialogues finement ciselés dans un film qui se tient en équilibre entre l’hommage au genre et la parodie de comédie policière. Avec un chassé-croisé amoureux improbable porté par une distribution du tonnerre.

Le long métrage présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, en mai, s’ouvre avec une séquence loufoque d’un improbable héros policier. Le spectateur aura tôt fait de saisir qu’Yvonne (Adèle Haenel) en est la narratrice. Elle glorifie pour leur fils la mort du père (Vincent Elbaz), décédé  deux ans plus tôt. Chaque soir, la même histoire.

Mais policière elle aussi, la veuve éplorée va bientôt découvrir que le flic courageux et intègre était en fait un ripou. Qui a fait emprisonner pendant huit ans un innocent, Antoine (Pio Marmaï), pour camoufler une magouille. 

À la sortie de prison d’Antoine, Yvonne, éprise de remords, va tenter d’agir comme ange gardien pour l’artisan joaillier, malgré les avertissements de Louis (Damien Bonnard), loyal second du ripou et secrètement amoureux de la belle.

Sauf que le séjour d’Antoine en prison l’a complètement changé. L’homme doux et attentionné envers sa femme (Audrey Tautou) est maintenant habité par une rage explosive (il aime croquer des oreilles, entre autres) et se croit tout permis…

On va passer de scènes déjantées à d’autres, explosives, dans un ballet rocambolesque dont le contrôle échappe de plus en plus à Yvonne. On flirte allégrement avec l’absurde, notamment quand Antoine doit se réfugier dans un logement qui sert de repère sado-maso. Ou avec ce tueur en série qui cherche désespérément à se faire arrêter… sans y parvenir.

Derrière ce barrage de situations satiriques, le réalisateur de Vrais mensonges (2010) propose plusieurs pistes de réflexion sur la frontière entre l’innocence et la culpabilité (au propre comme au figuré), mais aussi sur les conventions sociales et morales qui imposent un carcan à nos vies. Et, du coup, sur l’être et le paraître dont nous sommes tous prisonniers à des degrés divers.

La réalisation de Pierre Salvadori est finement découpée, sans véritable temps mort. Il y a bien quelques exagérations, qui ne sont pas trop difficiles à avaler.

Le moteur du récit, une astuce très habile, se retrouve dans l’histoire qu’Yvonne raconte à son fils. Le récit va considérablement varier au gré de ses états d’âme et se révèle, pour nous, autant de petits films dans le film.

Adèle Haenel, dans un rôle beaucoup moins dramatique que dans Suzanne de Katell Quillévéré ou La fille inconnue des Dardenne, brille encore, aussi drôle que touchante. Pio Marmaï (Retour en Bourgogne), avec son regard halluciné, est tout à fait crédible en homme désemparé qui veut faire payer à la société son erreur judiciaire. 

En liberté! est un film pur bonheur, qui passe en claquant des doigts. Mais son humour tordu n’est pas pour tous. À vous de voir.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: En liberté!

• Genre: comédie policière

• Réalisateur: Pierre Salvadori

• Acteurs: Adèle Haenel, Pio Marmaï, Damien Bonnard, Vincent Elbaz

• Classement: général

• Durée: 1h48

• On aime: la mécanique bien réglée. Le ton fantaisiste L’humour tordu. Les dialogues ciselés

• On n’aime pas: quelques dérapages