Vincent Lindon est entouré d’acteurs amateurs, mais terriblement convaincants dans «En guerre».

«En guerre»: la colère du juste ***1/2

CRITIQUE / En mai, au Festival de Cannes, il y a eu un moment de flottement à la fin de la projection d’En guerre, de Stéphane Brizé. Puis la presse internationale a explosé dans la plus longue ovation de cette 71e édition. Avec raison. Le formidable et percutant drame social, d’une vitalité et d’une pertinence qui ne se démentent jamais, frappe autant par son propos humaniste que sa dénonciation non équivoque du capitalisme sauvage.

Le réalisateur français, qui retournait sur la Croisette après la Loi du marché qui avait valu à Vincent Lindon le prix d’interprétation en 2015, a voulu démonter et démontrer la mécanique d’un conflit de travail. Ici, une usine fermée parce qu’elle n’est pas assez rentable et qui sera délocalisée. Le problème, c’est que les deux parties ont signé une entente deux ans auparavant avec une garantie de travail pour cinq ans...

C’est 1100 employés qui sont jetés dans la rue dans une région pauvre. Sous l’impulsion du président du syndicat, Laurent Amédéo (Lindon), les employés décident d’occuper l’usine et d’exiger une rencontre avec le PDG allemand de la firme. Qui les ignore royalement. La guerre d’usure commence. Les frictions aussi, entre les tenants de la ligne dure et ceux qui veulent plutôt empocher l’indemnité de départ augmentée.

Le réalisateur interpelle directement le spectateur: que ferions-nous à leur place? La solidarité ou les factures à payer?

Brizé (Mademoiselle Chambon) a planté sa caméra-vérité au cœur du conflit, dans une approche documentaire terriblement réaliste et vivante. En y ajoutant des images de reportage qui accentuent la véracité du récit (inspiré d’entrevues autant avec des ouvriers que des patrons). On croit vraiment à la ferveur de Laurent Amédéo, qui tente d’unir ses collègues, d’autant que Lindon est entouré d’acteurs amateurs — mais terriblement convaincants.

En guerre n’a rien de manichéen — le point de vue patronal y a sa place — ni de démagogique. Mais on sent la belle et juste colère du cinéaste. D’autant qu’il a pris la peine d’élargir la perspective en consacrant des moments du film à l’impuissance politique (des passages plus appuyés et didactiques qui cassent un peu le rythme, sans nuire au suspense).

On retiendra l’extrême violence, psychologique et émotionnelle, que subissent les salariés dans ce combat où on sacrifie leur humanité au nom du sacro-saint profit des actionnaires; l’intense performance criante de vérité de Lindon et la finale déchirante, à couper le souffle.

Cette œuvre forte fait mal. Au cœur et à l’âme. C’est donc qu’elle atteint sa cible. Et s’avère terriblement d’actualité...

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: En guerre

• Genre: drame social

• Réalisateur: Stéphane Brizé

• Acteurs: Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie

• Classement: 13 ans +

• Durée: 1h53

• On aime: le jeu incarné de Lindon. La réalisation ultra-réaliste. Les nuances

• On n’aime pas: un peu trop verbeux. Le propos parfois appuyé