Hakim Jemili et Michel Blanc forment un duo dépareillé, mais rigolo dans <em>Docteur?</em>.
Hakim Jemili et Michel Blanc forment un duo dépareillé, mais rigolo dans <em>Docteur?</em>.

Docteur?: Le syndrome de l’imposteur ***

CRITIQUE / On ne se racontera pas d’histoire. La présence de Michel Blanc au générique de Docteur? donne une crédibilité instantanée à la comédie douce-amère de Tristan Séguéla. L’immense acteur y livre d’ailleurs une performance à la hauteur de son talent, mais l’humoriste Hakim Jemili n’a pas à rougir de la sienne, au contraire. En résulte un divertissement pur bonheur qui fait rire et un peu réfléchir. C’est déjà plus que ce à quoi on s’attendait.

L’interprète incarne Serge Mamou Mani, un docteur qui travaille sur appel, de nuit, à Paris. Le soir de Noël, il est le seul médecin de garde et picole. Mauvaise idée : une menace de radiation pèse sur ce toubib désabusé et cynique. Blessé au dos, il souffre le martyre et devient incapable de voir ses patients. Mais son chemin va croiser celui du candide Malek, un livreur (Hakim Jemili). Il l’embauche pour usurper son identité et le guide à distance en lui murmurant des indications dans un écouteur…

La prémisse demande un peu crédulité. En entrevue, le réalisateur disait même qu’elle était rocambolesque. Mais on y croit. Parce qu’il y a Michel Blanc (Monsieur Hire, Grosse fatigue). Il se glisse dans la peau de ce docteur torturé tout en douceur. Sous la façade, le spectateur décèle son empathie et sa vocation (presque intacte).

Il va trouver un véhicule idéal en Malek. Le duo de choc, que tout oppose (âge, race, métier et caractère), va évidemment connaître plusieurs frictions alors que débutent les visites. Chacune d’elles se veut un prétexte à sketch à l’humour bon enfant. Jusqu’à ce qu’ils doivent répondre à une urgence chez une proche de Serge…

C’est plutôt bien vu pour amorcer un changement de trajectoire. L’évènement lève en partie le voile sur le mal de vivre de Serge et permet à Malek de gagner en assurance. Et, bien sûr, autorise les deux hommes à dépasser leurs idées préconçues et à se lier — la trajectoire s’avère prévisible.

Docteur? mélange habilement le road movie dans Paris et le buddy movie avec son duo dépareillé. Tout en abordant, en surface, mais tout de même, les thèmes de la filiation, de la transmission, des préjugés, du racisme, etc. Sans oublier la critique de la supposée économie de partage.

La dénonciation de l’ubérisation de l’économie n’atteint évidemment pas la même virulence que celle de Ken Loach dans Désolé de vous avoir manqué — Malek est plutôt fier d’être «autoentrepreneur». Mais la réalité va lui ouvrir les yeux sur son exploitation. Le message passe plus en douceur, mais il passe quand même.

On évoquait la transmission un peu plus haut, on peut aussi en effectuer une lecture avec les deux interprètes à l’œuvre. Michel Blanc, à l’immense carrière d’acteur (plus d’une centaine de films), de scénariste et de réalisateur, qui travaille de concert avec un humoriste pour son premier rôle au cinéma. Or, Michel Blanc ou pas, Hakim Jemili joue à merveille ce bon gars un peu naïf et ben intentionné qui se met les pieds dans les plats (à la Pierre Richard).

Bref, Docteur? procure beaucoup de plaisir. On en sort presque guéri des vicissitudes quotidiennes...

Au générique

Cote : ***

Titre : Docteur?

Genre : Comédie

Réalisateur : Tristan Séguéla

Acteurs : Michel Blanc, Hakim Jemili

Classement : Général

Durée : 1h30

On aime : le duo mal assorti. L’humour jamais gratuit. Les thèmes abordés.

On n’aime pas : la prémisse une peu grosse. La trajectoire prévisible.