Abby (Tuppence Middleton) doit réussir à convaincre se sœur Laure (Hannah Gross) qu'elle a trouvé l'identité d'un kidnappeur.
Abby (Tuppence Middleton) doit réussir à convaincre se sœur Laure (Hannah Gross) qu'elle a trouvé l'identité d'un kidnappeur.

Disparition à Clifton Hill : Abracadabra! ***

CRITIQUE / Le premier plan — sous-marin — de Disparition à Clifton Hill (Disappereance at Clifton Hill) nous immerge dans une eau trouble. Le ton est donné. Le spectateur verra se dérouler un récit d’enlèvement aux contours flous, bâti sur l’illusion, dans une ville et des personnages qui rappellent ceux de Twin Peaks.

L’univers d’Albert Shin évoque celui de David Lynch, en un peu moins bizarre. Mais il ne faut pas se surprendre si David Cronenberg (Crash, Cosmopolis) y joue un tout petit rôle de propriétaire de restaurant à la thématique extraterrestre… D’où Walter diffuse des balados sur les théories du complot qui circulent à propos de quartier touristique de Niagara Falls — notamment sur le décès d’un garçon du cru.

Lorsque Abby (Tuppence Middleton) revient sur place à la mort de sa mère, elle est d’ailleurs rapidement confrontée à son passé, qui la hante depuis un quart de siècle. À sept ans, elle aurait été témoin de l’enlèvement, dans les bois, d’un préado borgne. Serait-ce le même qu’évoque Walter ?

Son enquête se bute au riche promoteur du coin (Eric Johnson) et la met en contact avec les Moulin, version québécoise cheap de Siegfried et Roy, les parents de l’enfant disparu. Mais les magiciens semblent peu s’en soucier, en particulier la femme (Marie-Josée Croze, dans un rôle secondaire), qui préfère son tigre…

Alors qu’Abby combat ses démons, vit difficilement le deuil maternel et celui de son enfance, elle doit aussi composer avec l’impatience de sa sœur aînée Laure (Hannah Gross), incrédule lorsque sa cadette lui relate ses soupçons sur un potentiel prédateur...

Inspiré de l’enfance du cinéaste ontarien, le suspense psychologique décalé mise sur une esthétique crépusculaire caractéristique de Cronenberg, bien sûr, mais aussi des premiers longs métrages d’Atom Egoyan (dans l’utilisation de la vidéo, notamment).

Dans ce monde d’écrans de fumées et de miroirs, Shin nous maintient constamment dans le doute, même si le film connaît certains passages à vide. Certaines situations se révèlent un brin trop abracadabrantes pour assurer la crédibilité du suspense. Mais un peu de patience et de tolérance conduiront le spectateur à une finale qui décroche la mâchoire.

Et il y a dans Clifton Hill une signature intéressante. Sans compter que la forte présence de Marie-Josée Croze en assure la distribution au Québec, une rareté concernant le cinéma du ROC (Rest of Canada).

Au générique

Cote : ***

Titre : Disparition à Clifton Hill

Genre : Suspense psychologique

Réalisateur : Albert Shin

Acteurs : Tuppence Middleton, Hannah Gross, Marie-Josée Croze, David Cronenberg

Classement : 13 ans +

Durée : 1h40

On aime : l’atmosphère glauque. Les jeux de miroir. L’audace de la proposition.

On n’aime pas : des passages à vides. Des situations trop abracadabrantes.