De véritables photos (retouchées) de Paris ont été insérées dans les décors fabuleux du film, lui apportant une texture unique.

«Dilili à Paris», une fable féministe soignée ***1/2

CRITIQUE / Les films d’animation de Michel Ocelot possèdent une magie, une couleur et une approche toute en sensibilité qui font trop souvent défaut à la plupart des productions du même rayon. Pour le très réussi Dilili à Paris, le vétéran réalisateur ne se contente non seulement d’offrir une fable à saveur féministe, chose rare, mais il le fait dans un enrobage pictural de grande qualité.

L’auteur des trois volets du petit Africain Kirikou et d’Azur et Asmar campe son récit dans le Paris de la Belle Époque, où Dilili, une petite et élégante kanake, s’allie à Orel, un livreur en triporteur, pour mener l’enquête autour de la mystérieuse disparition de jeunes filles.

L’expédition, menée aux quatre coins de la ville, deviendra prétexte à la rencontre du who’s who de cette période artistique et scientifique en effervescence : Sarah Bernhardt, Pasteur, Renoir, Monet, Rodin, Toulouse-Lautrec, Picasso et autres. Le film fera œuvre utile auprès des tout-petits en matière de découvertes de personnalités marquantes, même si la nomenclature s’avère plutôt longue.

À l’égard de chacun de ses interlocuteurs, la petite Dilili est d’une politesse exemplaire. Son langage est impeccable. Tout le contraire de ces films d’animation qui font trop souvent dans le laisser-aller en la matière. Un choix que certains pourraient qualifier de naïf, passéiste et rétrograde, mais que son auteur assume parfaitement, sans concession, pour notre plus grand bonheur.

Michel Ocelot aime la beauté. Ça se voit tout au long de son film, qui baigne dans un esthétisme soigné. De véritables photos retouchées, insérées dans les décors les plus fabuleux (et aussi insolites) de Paris, apportent une texture unique.

Mais au-delà de tout, c’est le message humaniste qui retient l’attention. La secte obscurantiste baptisée «Les Mâles-Maîtres» se veut le symbole de tous ces pays et groupes moyenâgeux qui, partout sur la planète, font de l’asservissement des femmes une religion. En cela, le film se fait un devoir de rappeler que la moitié de l’humanité ne peut tenir sous son joug et piétiner éternellement les droits de l’autre moitié.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: Dilili à Paris

• Genre: conte d’animation

• Réalisateur: Michel Ocelot

• Classement: général

• Durée: 1h30

• On aime: le message humaniste, la beauté somptueuse des images, le parti-pris du réalisateur pour la politesse et le bon parler

• On n’aime pas: le trop grand nombre de personnalités croisées par Dilili