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 Madeleine (Martine Chevallier) et Nina (Barbara Sukowa) partagent leur vie sans que personne ne le sache.
 Madeleine (Martine Chevallier) et Nina (Barbara Sukowa) partagent leur vie sans que personne ne le sache.

Deux: s’aimer en secret **** [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Aussi loin que remonte le cinéma — Le baiser, sorti en 1896, causa un énorme scandale —, l’amour occupe le centre de l’écran. La passion, et ses déclinaisons, contrariées ou non, s’incarnent, la plupart du temps, en de jeunes acteurs sexy. Il fallait un culot monstre à Filippo Meneghetti pour montrer la relation secrète qu’entretiennent deux femmes âgées. En résulte un film magnifique, bouleversant et profondément universel.

Pour son premier long métrage, le réalisateur a situé le récit dans un village français. Nina (Barbara Sukowa) et Madeleine (Martine Chevallier) sont voisines de palier, mais vivent chez la deuxième derrière des portes closes au dernier étage d’un petit immeuble.

Principalement parce que celle-ci est terrifiée à l’idée que ses deux enfants adultes apprennent qu’elle entretient une liaison lesbienne — en particulier Anne (Léa Drucker), qui vient la visiter avec son petit-fils. Une dissimulation que Nina supporte de moins en moins.

Parce que l’Allemande d’origine ne vit pas avec la contrainte du regard des autres et des conventions sociales. Les mensonges de Madeleine révèlent autant une forme de culpabilité et de honte, qui la bouleverse.

Les septuagénaires veulent se réinventer une nouvelle vie en s’établissant à Rome, lieu de leur coup de foudre lors d’un voyage. Coup du sort : Madeleine est terrassée par un AVC qui la prive de la parole et la laisse physiquement diminuée. Le duo est soudainement séparé et vit une double solitude, déchirante...

La volontaire Nina n’a pas dit son dernier mot.

Madeleine ne veut pas que ses enfants (à l'arrière-plan) apprennent son secret.

Le drame amoureux cède alors le pas à une forme de suspense adroitement mené par Filippo Meneghetti, qui profite au maximum des possibilités que lui offre ce presque huis clos, avec une caméra portée très agile aux moments voulus.

L’alternance entre les plans larges, magnifiquement composés, et les gros plans évoque le savoir-faire à la Hitchcock (il y a d’ailleurs des piaillements récurrents d’oiseaux). Mais le cinéaste italien se distingue aussi par le flou artistique de certaines scènes.

Deux illustre les difficultés de vivre sa vie, pour emprunter à Godard, à n’importe quel moment de son existence ; nos appréhensions par rapport au regard des autres ainsi que l’exclusion et la crainte de la différence.

Surtout quand nous sommes contraints par un carcan familial. Ce que Deux évoque aussi lorsqu’Anne s’immisce dans la vie de sa mère et que les médecins assomment Madeleine avec une surmédicamentation.

Mais il démontre également une formidable forme de résilience dans l’adversité. Intelligent, subtil, beau, évitant le piège du mélo et terriblement romantique (l’utilisant de Chariot (Sul mio carro) de Betty Curtis est touchante), Deux a une portée universelle. La superbe fin ouverte provoque un fort moment d’émotions.

Reste qu’un tel film ne pourrait exister sans deux interprètes hors pair. Sukowa, égérie de Fassbinder primée à Cannes pour sa performance dans Rosa Luxemburg (1986) de Margarethe von Trotta, et Chevallier, Molière 2007 et sociétaire de la Comédie-Française, y incarnent avec subtilité deux femmes qui s’aiment. C’est tout.

Deux est présenté sur Apple TV, Cineplex et plusieurs autres plateformes de vidéo sur demande.

Au générique

Cote : ****

Titre : Deux

Genre : Drame

Réalisateur : Filippo Meneghetti

Acteurs : Barbara Sukowa, Martine Chevallier, Léa Drucker

Durée : 1h35