Le vétéran réalisateur André Forcier se confie devant la caméra de Jean-Marc E. Roy, dans l’excellent documentaire Des histoires inventées. Photo La Boîte de pickup

Des histoires inventées: sur les traces d’André Forcier ****

CRITIQUE / André Forcier occupe une place à part parmi les réalisateurs québécois. En près d’un demi-siècle, le cinéaste de 71 ans, auquel l’étiquette d’«enfant terrible» colle à la peau depuis ses débuts, a bâti une œuvre foisonnante célébrant le rêve, la poésie du quotidien et la quête d’absolu. Qu’on adhère ou pas à ses univers singuliers, force est d’admettre que l’artiste, plus que jamais attaché à son indépendance, demeure un incontournable de notre septième art.

Paradoxalement, on sait peu de choses du personnage, pas tellement porté à la confession. Le documentaire Des histoires inventées, de Jean-Marc E. Roy, vient combler ce manque de magnifique manière. De Kalamazoo aux États-Unis d’Albert, en passant par Bar salon, Au clair de la lune et Le vent du Wyoming, pour en nommer que quelques-uns, les scènes de ses principaux films sont recréées, avec son créateur en retrait, contemplant les personnage sortis de son imagination abonnée au «réalisme magique».

Le cinéaste s’intègre à la mise en scène comme si de rien n’était, à la fois participant et témoin silencieux de ses créations. Une longue liste de comédiens qui ont eu le plaisir de jouer sous sa direction défilent à tour de rôle: Roy Dupuis, incontournable, mais aussi Céline Bonnier, Marie Tifo, Michel Côté, Marc Messier, Louise Marleau et plusieurs autres.

Forcier n’est pas un type bavard, mais devant la caméra de Roy, il s’ouvre, mais sans jamais se départir d’une certaine pudeur. Il aborde les principes à la base de ses récits, ses personnages — «Ils deviennent des fantômes qui m’empêchent de dormir, les osties...» —, ses traits de personnalité. Ainsi, contrairement à ce qu’on peut croire, l’homme n’est pas en révolte perpétuelle. «Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas un gars fâché. Chu ben haïssable. J’ai certainement déçu beaucoup de monde.»

Forcier a encore des choses à dire et à filmer. Il est actuellement en post-production et en montage de son 14e film, La beauté du monde, attendu à l’automne. Pour celui que l’écrivain Romain Gary considérait comme l’un des siens, pas question de ranger sa caméra. «Je n’envisage pas de retraite, jamais. Je ne veux pas arrêter. Ma vie, c’est un peu le cinéma.»

Le film de Jean-Marc E. Roy est un documentaire d’exception, d’une folle originalité, à l’égale de celle qui anime son sujet depuis si longtemps. Du grand et beau travail.

AU GÉNÉRIQUE

Cote : ****

Titre : Des histoires inventées

Genre : documentaire

Réalisateur : Jean-Marc E. Roy

Classement : général

Durée : 1h11

On aime : la folle originalité de la proposition, voir revivre des films cultes de Forcier sous un autre angle, les confessions du réalisateur.

On n’aime pas : -