En utilisant de petites lettres qu’elle dépose devant elle, l’autiste Hélène Nicolas sort de son mutisme pour composer des phrases d’une beauté fulgurante dans le documentaire Dernières nouvelles du Cosmos.

Dernières nouvelles du cosmos: génie sans mots ***1/2

CRITIQUE / Malgré des milliers d’années d’évolution, on sait encore bien peu de choses du cerveau. Le captivant «Dernières nouvelles du cosmos» nous en donne la preuve éclatante. Le documentaire fait découvrir l’attachante Hélène, une poétesse iconoclaste hors norme — une autiste qui, sans la parole ni la capacité d’écrire, va créer une œuvre forte et évocatrice.

Hélène Nicolas est très tôt diagnostiquée «autiste déficitaire». Impossible de communiquer avec elle. C’était comme parler un mur, dit sa mère. Qui décide, en 1999, de se consacrer entièrement à sa fille.

Elle découvre alors que sa fille de 20 ans sait lire et écrire! Et, de toute évidence, Hélène a de grandes capacités intellectuelles. En utilisant de petites lettres plastifiées qu’elle dépose devant elle, l’autiste sort de son mutisme pour composer des phrases d’une beauté fulgurante — sans faute, en plus. «Je guette les étoiles qui brillent dans ma tête», explique-t-elle.

Sous son nom de plume Babouillec, la jeune poétesse publie Algorithme éponyme en 2013. Le recueil attire l’attention de Pierre Meunier. S’en inspirant, il monte une pièce de théâtre d’avant-garde qui sera présentée au prestigieux festival d’Avignon en 2015. Et qu’est-ce que ça fait de voir ses mots sur scène? «Ça fait péter l’arc-en-ciel de l’adrénaline.»

C’est toute cette aventure que la douée Julie Bertuccelli (L’arbre, La cour de Babel) a filmée pendant deux ans, dans un travail aussi patient que poétique. La caméra, proche d’Hélène et de sa mère, n’est jamais intrusive ou impudique — évitant le piège du voyeurisme. La réalisatrice a même la délicatesse de demander à Hélène si elle la dérange. «La caméra me sourit avec son œil. Mon amour du fantastique adore», écrit-elle.

Son long métrage, qui se dévoile par bribes, demande une certaine patience. Pas seulement parce que tout n’est pas expliqué d’emblée. Il est à l’image du dévouement de la mère envers sa fille : attentif. Pour laisser le temps aux mots incandescents de Babouillec s’imprégner dans notre esprit.

L’exercice est fascinant (et un peu frustrant), mais aussi extrêmement touchant. La joie de vivre d’Hélène, sa candeur, est contagieuse.

Mais ce que révèle surtout Dernières nouvelles du cosmos, c’est que l’autisme est loin d’avoir livré tous ses mystères. Et qu’il y a de l’espoir — Babouillec en est la preuve. C’est toute la force du cinéma de pouvoir en témoigner, nous laissant avec plein d’interrogations sur notre nature. «En réalité, je suis télépathe et iconoclaste.»

Dernières nouvelles du cosmos, qui était en nomination aux Césars, a remporté le Grand Prix du récent Festival international du film sur l’art, qui s’est déroulé au Québec.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***1/2

Titre: Dernières nouvelles du cosmos

Genre: documentaire

Réalisatrice: Julie Bertuccelli

Classement: général

Durée: 1h28

On aime: le touchant portrait. La joie de vivre d’Hélène. La distance respectueuse

On n’aime pas: un aspect un peu brouillon