Tourné avec un téléphone cellulaire, Dérangée met en vedette Sawyer (Claire Foy), qui se retrouve dans un institut psychiatrique après un épisode psychotique.

Dérangée: la leçon de cinéma ***1/2

CRITIQUE / Steven Soderbergh n’est pas le premier réalisateur à tourner entièrement un long métrage avec un téléphone cellulaire. Mais aucun n’avait réussi à en faire une aussi brillante leçon de cinéma que Dérangée (Unsane). Avec cette seule caméra tenue dans la main, il met en place les éléments d’un drame psychologique bergmanien avant de verser dans le suspense hitchcockien avec une aisance stupéfiante. Il réussit presque à nous faire oublier les faiblesses du scénario…

Ce n’est pas d’hier que le réalisateur se préoccupe de l’enregistrement et de la diffusion d’images — c’était déjà le cas avec son premier long, Sexe, mensonges et vidéo, Palme d’or à Cannes en 1989.

Son 27e long de fiction a plutôt été présenté à la Berlinale, le mois dernier. Et il est à ranger dans ses films plus expérimentaux (Kafka, Girlfriend Experience…) que commerciaux (la série des Ocean).

Il repose en entier sur Sawyer (Claire Foy), jeune femme qui tente de se rebâtir une vie après avoir fui un harceleur. Après un épisode psychotique, la professionnelle consulte dans un institut psychiatrique, qui décide de la garder en observation pour 24 heures.

Soderberg nage ici dans les mêmes eaux qu’Effets secondaires (2013), explorant les failles du système de santé (américain), la médicamentation à outrance et les traitements douteux de la maladie mentale.

Il s’agit toutefois d’un sous-texte dont il s’éloigne progressivement pour se concentrer sur les déconvenues de Sawyer. Protester qu’on a toute sa tête dans un institut n’est pas la meilleure stratégie, surtout si les excès de colère font partie de notre personnalité…

Les choses empirent quand elle croit reconnaître son tortionnaire parmi les infirmiers! Est-ce bien lui ou son traumatisme qui lui joue des tours? Nate Hoffman (Jay Pharaoh), un patient en cure de désintoxication, va la croire et s’avérer un précieux allié. Sawyer n’est évidemment pas au bout de ses peines pour autant.

Dérangée ne fera pas faire de cauchemars à personne, mais il contient suffisamment de scènes difficiles pour les nerfs et de rebondissements pour le genre. Un croisement entre Vol au-dessus d’un nid de coucou de Forman et Rebecca d’Hitchcock, disons.

Malgré tout, le film ne tient malheureusement pas toutes ses promesses. Des raccourcis scénaristiques, surtout vers la fin, viennent gâcher le tout. Surtout qu’ils utilisent des clichés usés à la corde. Mais c’est là que réside la force de Soderbergh. Il réussit à maintenir toute notre attention, aidé, il est vrai, par le jeu convaincant de Claire Foy (Breathe) dans le rôle-titre.

Plus encore, il réussit à mettre plus de cinéma dans son film sur le plan esthétique que la grande majorité de ce qu’on voit sur grand écran : travellings, panoramiques, plan-séquence… Forcément, le spectateur quitte la salle admiratif et prêt à oublier que Soderbergh a déjà fait beaucoup mieux. Quel diable de créateur, tout de même!

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***1/2

Titre: Dérangée

Genre: suspense psychologique

Réalisateur: Steven Soderbergh

Acteurs: Claire Foy, Joshua Leonard, Jay Pharoah

Classement: 13 ans +

Durée: 1h38

On aime: la maîtrise esthétique. Les clins d’œil cinématographique. La tension

On n’aime pas: les raccourcis usés à la corde