Traumatisée par l'accident dont elle a été témoin, Sasha (Lysandre Ménard) cherche réconfort auprès de Sydney (Iannicko N'Doua), fils de la victime.

D'encre et de sang: la plume dans la plaie ***

CRITIQUE / D'encre et de sang a connu un beau parcours en festivals pour un film indépendant à budget très modeste. Il a notamment été retenu en compétition au récent Festival de cinéma de la Ville de Québec (FCVQ). Réalisé par trois finissants de L'inis, il propose un regard singulier sur un drame où les liens du sang sont prépondérants. Une belle petite surprise.
D'encre et de sang s'intéresse à Sébastien (Martin Desgagné). Le libraire indépendant et écrivain manqué voit comme une bénédiction son amitié naissante avec Joseph (Fayolle Jean), un auteur d'origine haïtienne. Ce dernier est toutefois victime d'un chauffard en face de son commerce, ce qui lui permet de mettre la main sur le manuscrit du malheureux.
Sa fille Sasha (Lysandre Ménard, la révélation de La passion d'Augustine), avec qui il entretient une relation trouble, est traumatisée par l'accident dont elle a été témoin. Elle cherche réconfort auprès de Sydney (Iannicko N'Doua), fils de la victime. Pendant que Sasha découvre que son père a profité de la situation, Sydney va fouiller dans le passé. Il va découvrir un secret traumatisant qu'il aurait préféré ignorer...
Trois points de vue
D'encre et de sang présente successivement le point de vue des trois protagonistes, filmés par chacun des réalisateurs. La démarche de Francis Fortin, Alexis Fortier Gauthier et Maxim Rheault est pratiquement celle adoptée par le trio de Québec qui avait tourné Feuilles mortes, un autre film financé par le programme de microbudget de Téléfilm Canada et aussi présenté au FCVQ en septembre.
Ce qui n'enlève rien à la personnalité de ce film à relais, tout de même convenu et assez prévisible. Le fait de tourner trois segments relativement uniformes sur le plan esthétique limite évidemment la créativité - le budget aussi. 
Les gars s'en sont bien tirés avec ce long métrage intimiste qui dévoile lentement mais sûrement, en utilisant des ellipses habiles, les points de tension de son récit. Le tome sur Sébastien met en lumière ses frustrations, celle d'un homme qui a l'impression de passer à côté de sa vie, mais aussi ses maladresses avec sa fille adolescente qu'il n'a pas vue grandir. 
Le spectateur découvre ensuite les tourments de Sasha, aux prises avec un dilemme angoissant. Quelle que soit sa décision, elle aura un impact majeur sur sa relation avec son père et celle avec son amoureux. Quant à Sydney, son deuil va lui faire découvrir certaines choses sur ses racines, en particulier le sort des victimes à l'époque de Doc Duvalier et des tontons macoutes.
Les thèmes sont forts, le film résolument urbain montre le Mont-réal multiculturel, mais il manque une profondeur psychologique aux personnages. Lysandre Ménard et Iannicko N'Doua, moins expérimentés, cherchent d'ailleurs plus leurs repères que Martin Desgagné (Le torrent), qui compose un homme sombre et tourmenté avec peu.
La fin ouverte, un peu forcée, force quand même le spectateur à se demander ce qu'il aurait fait à la place de chacun des protagonistes. 
D'encre et de sang est un bon film, meilleur que bien d'autres longs métrages québécois produits avec des budgets plus conséquents. À découvrir.
Au générique
Cote: ***  
Titre: D'encre et de sang
Genre: drame
Réalisateurs: Francis Fortin, Alexis Fortier Gauthier et Maxim Rheault
Acteurs: Martin Desgagné, Lysandre Ménard et Iannicko N'Doua
Classement: général
Durée: 1h23
On aime: l'idée des points de vue, le travail collectif, le résultat malgré le budget réduit
On n'aime pas: l'aspect prévisible, un manque de profondeur