Après la mort de sa femme, Davis Mitchell (Jake Gyllenhall) commence à entretenir une relation épistolaire avec Karen (Naomi Watts), une mère monoparentale d'un fils marginal de 15 ans.

Démolition: repartir à zéro ***1/2

CRITIQUE / Jean-Marc Vallée a eu droit à une tribune de choix pour sa première mondiale: l'ouverture du Festival de Toronto (TIFF), en septembre dernier. Démolition est un long métrage déstabilisant, qui aborde la mort et le deuil d'une perspective inusitée, d'autant que le ton est plutôt à l'humour noir qu'aux larmoiements. Cette solide comédie dramatique, très humaine avec un brin de folie, nous fait passer par toute la gamme des émotions.
On aurait pu craindre, avec un troisième long métrage américain en trois ans, que Vallée manque de souffle et souffre d'une certaine lassitude. Ce n'est pas le cas. Démolition porte la même signature caractéristique du réalisateur de Dallas Buyers Club et Wild. Le Québécois sait créer une tension et en tirer le meilleur - il a d'ailleurs traité le début de son film comme un suspense, une décision surprenante vu le sujet.
Dès le départ de cette perturbante histoire, on sait que Davis Mitchell (Jake Gyllenhall) perd sa femme Julia (Heather Lind) dans un accident de voiture. Ce qui intéresse Vallée et son scénariste Bryan Sipe, c'est plutôt ce qui se passe ensuite: l'investisseur new-yorkais BCBG ne ressent rien, au grand dam de son beau-père, qui est aussi son patron... Davis est incapable de pleurer la perte de sa femme.
Son deuil est pour le moins excentrique. Il développe une fixation pour la destruction et le démontage des objets (d'où le titre). Pas besoin de chercher midi à quatorze heures: Davis doit redémarrer sa vie à zéro pour lui trouver un sens.
Il commence donc à entretenir une relation épistolaire avec Karen (Naomi Watts), une mère monoparentale d'un fils marginal de 15 ans (Judah Lewis), Chris. On peut voir dans ce dernier une réminiscence du Zac de Marc-André Grondin dans C.R.A.Z.Y. Chris aussi doit apprendre à vivre avec sa marginalité. Le trio sera radicalement transformé par leur rencontre inattendue.
Vallée sait tirer son épingle du jeu avec le scénario inégal de Sipe. On aurait aimé qu'il pousse sa réflexion un peu plus loin - le film n'évite pas certains clichés sur les gens qui passent tellement de temps à gagner leur vie qu'ils oublient de la vivre. Tout comme la convergence de deux mondes qui évoluent habituellement en parallèle.
Heureusement, l'histoire n'a rien d'un drame larmoyant - on rit souvent aux éclats, autant de l'humour absurde des situations que de certaines répliques particulièrement bien tournées. Le ton peut toutefois rendre certains spectateurs inconfortables. Mais désacraliser le deuil - tous ne le vivent pas de la même façon - ouvre une perspective intéressante.
Séquences magiques
Jean-Marc Vallée sait manier les atmosphères et le rythme - pas seulement avec la bande sonore qu'il a soignée comme à son habitude. Il y a des séquences carrément magiques: il faut voir Gyllenhaal danser en toute liberté dans la rue! D'ailleurs, l'acteur, qu'on a pu voir chez Denis Villeneuve (Ennemis et Prisonniers), démontre encore une fois l'étendue de son talent. Il aurait été facile qu'on prenne son personnage égocentrique en grippe, mais il réussit à lui insuffler une troublante humanité sous la surface de son apparente indifférence.
Il n'y a pas de moments morts dans cette comédie dramatique originale profondément humaine et magistralement interprétée. On savait déjà que Jean-Marc Vallée est un cinéaste accompli (quel sens du cadre!) et un formidable directeur d'acteurs. Démolition nous le prouve encore.
Au générique
Cote:  *** 1/2
Titre: Démolition
Genre: comédie satirique
Réalisateur: Jean-Marc Vallée
Acteurs: Jake Gyllenhaal, Naomi Watts et Judah Lewis
Classement: 13 ans +
Durée: 1h40
On aime: la très solide distribution, la signature de Vallée, la perspective
On n'aime pas: des thèmes pas assez approfondis