En père monoparental totalement dévoué à sa fille, Omar Sy est très à l'aise avec la jeune Gloria Colston, d'un naturel confondant.

Demain tout commence: les deux font la paire ***

CRITIQUE / Demain tout commence a connu un énorme succès public en France. Ce qui témoigne de l'immense popularité d'Omar Sy. Mais il y a plus. Hugo Gélin traite sur un ton léger de sujets sérieux. En apparence. La charmante et intelligente comédie, basée sur la touchante relation entre un père dissipé et une petite fille craquante, va peu à peu céder la place à une réalité plus dramatique. Sans rien perdre de son charme.
Le deuxième long métrage de Gélin (Comme des frères, 2012) est un remake de Ni repris ni échangé (2013) du Mexicain Eugenio Derbez. L'adaptation en respecte les grandes lignes. À commencer par le personnage de Samuel (Omar Sy), un noceur qui se la coule douce sur la Côte d'Azur. Jusqu'à ce que débarque Kristin (Clémence Poésy), une ex-conquête d'un soir, qui lui remet Gloria, bébé de trois mois.
La mère se sauve, Samuel tente de la retracer à Londres, sans succès. Où il se résigne à s'installer après avoir rencontré Bernie, un producteur aussi séducteur que gai - tout un contre-emploi pour Antoine Bertrand (Louis Cyr)! Le père monoparental devient cascadeur, ce qui lui permet d'offrir une vie de rêve à sa fille (Gloria Colston), dont un incroyable loft, mélange de parc d'attractions et de décor de cinéma... Ils sont inséparables. Jusqu'à ce que la mère absente revienne dans le portrait, huit ans plus tard, et réclame la garde exclusive!
Demain tout commence démarre comme une comédie, très drôle, qui mise sur le talent naturel de clown de Sy (Intouchables, 2011). Irresponsable, Samuel gagne en maturité et prend ses responsabilités, tout en développant une relation très particulière avec sa fille à laquelle il est totalement dévoué. Lorsque la mère, pas particulièrement sympathique, tente de lui reprendre Gloria, il va se défendre avec vigueur. Sauf qu'il doit composer avec un problème de taille : la petite fille rêve de vivre avec sa maman qu'elle n'a jamais connue... Et il y a la maladie qui rôde.
Sans perdre la touche de fantaisie qui rend le film si attachant, Gélin va placer le spectateur devant des enjeux autrement plus sérieux sur les liens parent-enfant, la résilience, mais aussi sur la vérité et le mensonge. Samuel a toujours fait croire à sa fille que sa mère était partie en mission. Ce qui va se retourner contre lui.
La réalisation efficace de Gélin mise beaucoup sur la relation entre le père et sa fille. Omar Sy, un père de quatre enfants, est très à l'aise avec la petite Gloria, d'un naturel confondant aussi bien avec l'acteur français qu'avec Antoine Bertrand, qui est aussi une figure paternelle dans cette improbable famille. Son accent plus neutre dérange un peu au début, mais on s'y fait.
Sentiment d'identification
Le long métrage a tout de même ses carences, notamment le personnage de la mère, faiblement développé. Des moments, aussi, un peu trop arrangés avec le gars des vues et des scènes un peu trop appuyées quand Gélin joue avec le pathos.
Manifestement, le public n'en a pas tenu rigueur au réalisateur. Demain tout commence a attiré pas moins de 3,3 millions de spectateurs - deuxième au box-office français pour 2016. Outre la fraîcheur du ton, l'approche relativement bien dosée (on ne grossit pas le trait comme d'habitude) et l'immense affection des Français pour Omar Sy, il y a le sentiment d'identification qui a fonctionné à plein. Les gens se reconnaissent dans ces parents imparfaits.
Il n'y a pas de père irréprochable ou de mère idéale, postule le film. Tout à fait vrai. La finale, qu'on ne voit pas venir, en dit long à ce propos... Un très bon divertissement qui nous fait rire autant qu'il nous émeut. C'est rare.
Au générique
Cote: ***
Titre: Demain tout commence
Genre: comédie dramatique
Réalisateur: Hugo Gélin
Acteurs: Omar Sy, Gloria Colston et Antoine Bertrand
Classement: général
Durée: 1h58
On aime: le ton, la complicité des acteurs, une comédie intelligente
On n'aime pas: des raccourcis scénaristiques, la faible psychologie de la mère