L'actrice et réalisatrice française Mélanie Laurent et l'actrice américaine Elle Fanning, vedette de «Galveston», le premier film de Mme Laurent.

De plus en plus de femmes derrière les caméras

DEAUVILLE — Le mouvement #Metoo a permis d’ouvrir l’industrie du cinéma américain aux femmes, désormais beaucoup plus nombreuses derrière les caméras, se sont réjouis des artistes durant le festival de Deauville, malgré les tensions persistantes à ce sujet.

«C’est vraiment incroyable. J’ai vu plus de femmes derrière les caméras ces deux derrières années qu’en vingt ans», s’exclame Jim Cummings auteur et acteur principal de Thunder Road, premier film et pamphlet tragi-comique contre la «virilité à la John Wayne», en compétition au festival du cinéma américain de Deauville, dans le nord-ouest de la France.

«C’est formidable et très important ce qui se passe. Le résultat ce sont des films avec une perspective jamais vue avant», renchérit le réalisateur de 31 ans, lors d’un entretien à l’AFP.

Mais le changement était en germe avant #Metoo, face au discours de Donald Trump sur les femmes et à la défaite d’Hillary Clinton à la présidentielle, précise cet Américain de Louisiane, dont la compagne est aussi réalisatrice.

«On voit vraiment le changement derrière la caméra, dans les équipes de tournage», estime Alison Benson, productrice américaine interrogée sur les conséquences de #Metoo, lors d’une conférence de presse.

«Je peux en témoigner. Avant, il y avait juste la script girl», la secrétaire du tournage, confirme Fabien Constant, réalisateur français du film américain Here and Now présenté jeudi à Deauville, avec Sarah Jessica Parker, produit par Alison Benson.

Pour la Française Mélanie Laurent qui présentait le 1er septembre à Deauville son premier film américain comme réalisatrice, Galveston, la tendance est aussi très nette.

«Les réalisatrices femmes ont mille fois plus d’opportunités de rendez-vous. C’est un autre monde», constate l’actrice qui a joué dans plusieurs films américains.

«Mais il ne faut pas changer le monde que dans notre métier. Je voudrais entendre aussi les Indiennes, les caissières, les médecins, que les journalistes parlent aussi de ces femmes-là», nuance l’artiste de 35 ans, auprès de l’AFP.

Débat «vigoureux»

L’actrice principale de son film, Elle Fanning, qui, à vingt ans, a déjà tourné 31 films, dont deux avec Sofia Coppola, est du même avis: «J’espère que cela va aider hommes et femmes à se sentir plus protégés et en sécurité sur leur lieu de travail, dans toutes les industries. Cela ne se fait pas d’un seul coup, mais chaque pas compte», a déclaré la vedette montante d’Hollywood à l’AFP.

Reste que dans l’industrie du cinéma comme ailleurs, le débat demeure «vigoureux», a souligné Sarah Jessica Parker.

«Ce qui se passe est extrêmement important, incroyablement compliqué. Les derniers rebondissements ont compliqué le débat encore davantage», a estimé devant la presse l’héroïne de Sexe à New York, faisant allusion aux récentes accusations d’agression sexuelle visant Asia Argento, figure de proue du mouvement #MeToo.

Et quand l’actrice de 53 ans veut souligner qu’elle ne considère pas ce mouvement comme féministe, mais comme «humaniste», elle précise auparavant: «Je vais encore avoir des problèmes en disant cela».

«On ne peut pas dire qu’il y ait beaucoup de tendresse dans ce débat. Les Américains sont terrorisés, les Français encore plus misogynes, si on stéréotype un peu ce qui se passe. Je ne sais pas si on a gagné», ajoute Mélanie Laurent.

Signe de tensions toujours vives dans le monde du cinéma américain, les organisateurs du festival ont écarté toute question portant sur #Metoo adressée au monument d’Hollywood Morgan Freeman, 81 ans, qui était à Deauville vendredi.

Le «deuxième acteur le plus lucratif de l’histoire du cinéma» selon le festival, avait été accusé en mai de harcèlement sexuel par huit femmes interrogées par la chaîne CNN. «Je n’ai pas agressé de femmes», avait répondu la vedette. Certaines personnes, interrogées par CNN, avaient également décrit un comportement irréprochable.