L'équipe de De père en flic 2: en arrière-plan, Michel Côté et Émile Gaudreault; à l'avant, Sonia Vachon, Patrice Robitaille, Yves Jacques et Julie Le Breton

De père en flic 2: une suite dans les idées

Un matin comme les autres, alors qu'il joggait, Émile Gaudreault a eu une idée : réunir les couples excentriques de son oeuvre pour en faire un film sur la thérapie de couple. Presque immédiatement, le réalisateur s'est rendu compte qu'il détenait, en fait, la base pour une suite à De père en flic (2009), l'un des trois films québécois les plus populaires de l'histoire. Encore fallait-il convaincre les principaux intéressés.
Émile Gaudreault: «On s'entendait qu'il y avait du potentiel, mais on ne voulait pas gâcher le plaisir du premier» film.
Émile Gaudreault a de quoi être détendu et de bonne humeur alors qu'il était de passage à Québec, lundi, avec ses acteurs. Les projections-tests, puis les avant-premières ont apporté de bonnes nouvelles: les spectateurs préfèrent le deuxième volet de cette comédie policière basée sur le conflit de générations.
Au départ, l'homme de 53 ans n'en était pas convaincu. Il a fait lire un premier jet à Michel Côté et à Louis-José Houde, pour mesurer leur intérêt à rendosser les rôles de Jacques et Marc Laroche respectivement. Tout en se gardant, chacun, une porte de sortie s'ils n'étaient pas convaincus. «On s'entendait qu'il y avait du potentiel, mais on ne voulait pas gâcher le plaisir du premier.»
Cette «volonté de faire mieux» et de ne pas «tenir pour acquis que le succès serait automatique» a forcé Gaudreault et ses deux coscénaristes à bosser fort sur cette histoire du bras droit de la mafia (Patrice Robitaille) forcé de participer à un bootcamp de couple par sa blonde (Julie Le Breton). Sous la surveillance attentive de Marc et de sa nouvelle conjointe policière, Alice (Karine Vanasse).
L'ajout de la belle actrice est fortuit - à la dernière minute, Caroline Dhavernas n'a pu reprendre son rôle. Avec le recul, le cinéaste qui «aime les acteurs» constate qu'il a été chanceux dans sa malchance. Non seulement Karine Vanasse «avait envie» de se lancer dans une comédie, malgré ses appréhensions, mais son «charisme» a fait de la «magie» avec Louis-José Houde. «Quel soulagement!» s'exclame-t-il.
Le contexte de cette suite a aussi permis de renouveler tous les personnages secondaires. «J'ai eu l'intuition qu'il fallait que je les développe plus [que dans le premier], qu'il leur fallait une quête. Ils ont de la place et amènent beaucoup.»
Approfondir
Les auteurs ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. Ils ont aussi décidé d'approfondir la relation entre le père et le fils, dans sa dimension intime. «Dans le premier, on avait senti qu'on ne pouvait pas aller trop loin dans l'émotion avec nos deux personnages principaux d'une comédie. [...] Dans le deuxième, très vite, j'ai senti qu'on pouvait y aller.»
Quelques années se sont écoulées, l'aîné des Laroche est sur le déclin alors que le fils est au top. «Le fait que Jacques vit une solitude, presque une déchéance, ça permettait d'en faire l'antagoniste du film parce qu'il agit de façon irrationnelle. Marc, on pouvait continuer à creuser son besoin de reconnaissance qui est universel et très touchant pour un gars de 30 ans. Mais quand t'as un gars de 37 ans, il devait abandonner ça et prendre son père tel qu'il est.» 
Résultat : «Les deux acteurs vont plus dans l'émotion», croit-il. D'autant que «Louis-José a développé cette capacité de simplement ressentir les choses et de ne pas essayer d'être drôle» à tout prix.
L'aventure française
L'humoriste chouchou des Québécois n'est pas le seul à avoir acquis plus d'expérience. Le réalisateur aussi. Cinéphile averti, l'ex-Groupe Sanguin n'en menait néanmoins pas large à l'époque pour son quatrième long métrage, mais le premier à gros budget.
Une partie de ce nouveau bagage provient de la version française de Père en flic, réalisée l'an dernier, «la plus belle expérience professionnelle de ma vie». Puisqu'il avait beaucoup retravaillé le scénario, avec de nouveaux acteurs, «je n'ai pas eu l'impression de refaire le même film». Le dépaysement a fait du bien, autant que la nécessité de faire ses preuves auprès de professionnels qui ne le connaissaient pas.
La chose n'est pas toujours allée de soi. Pendant qu'il complétait Père fils thérapie!, il travaillait à la préproduction de De père en flic 2, tourné l'été dernier dans les Laurentides. «Mais, honnêtement, c'est juste du bonheur. On était sur le fil de fer. Mais je suis content du résultat.»
«Je n'avais jamais pensé faire une suite», confie-t-il en ajoutant qu'il se sent «privilégié» d'avoir la confiance de la productrice Denise Robert et des institutions, peu importe le sujet qu'il propose. Émile Gaudreault n'en sent pas moins la pression. «Il y a beaucoup de suites qui ne fonctionnent pas. Quand tu en fais une, il faut que tu te démarques.»
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De père en flic 2 prend l'affiche le 14 juillet.
Julie Le Breton et Patrice Robitaille: drôle de paire
Julie Le Breton: «On a besoin de ces locomotives pour ramener les gens au cinéma québécois.»
Julie Le Breton dit à la blague qu'ils sont devenus les Denise et Dodo de l'écran. Bennifer québécois aurait peut-être été plus juste s'ils avaient été un couple. Après avoir partagé un temps la vie fictive de Martin Matte dans Les beaux malaises, l'actrice est maintenant unie sur le plan professionnel avec Patrice Robitaille (qui jouait un ami dans la série). Une drôle de paire contraire, à bien des égards. Mais qui parle à l'unisson quand il s'agit de leur conception du rôle d'acteur et du cinéma québécois.
En entrevue, le contraste est encore plus marqué. L'extravertie et souriante Le Breton se prête au jeu avec passion. L'introverti et renfrogné Robitaille a toujours l'air de préférer le supplice de la goutte d'eau aux questions. Et pourtant, ça fonctionne, tant dans le drame que la comédie. 
Après avoir été un duo d'enquêteurs aux antipodes dans Victor Lessard, ils forment un couple, central au récit, dans De père en flic 2. «C'est de l'ordre de la notoriété, ou de l'ordre d'où nous en sommes dans notre cheminement respectif. C'est un peu ça qui fait qu'on se voit offrir des rôles comme ça. C'est un des privilèges...» dit Patrice, «probablement le plus grand ou le seul», complète Julie en riant.
Décalage
Le décalage est un peu étrange quand on voit le film maintenant, mais ils ont tourné la comédie policière immédiatement avant la très bonne série télé. Les deux acteurs ont même mis à profit les longues pauses du tournage du long métrage et leur éloignement de la maison pour préparer leurs rôles dans Victor Lessard. «On a vraiment fait du travail en amont au lieu de faire des niaiseries sur nos iPhone. On s'est dit : soyons constructifs et efficaces», explique l'actrice de 41 ans.
De la même façon, le duo savait très bien dans quoi il s'embarquait avec la comédie d'Émile Gaudreault. «Il y a une certaine noblesse à faire du vrai cinéma populaire, dit Julie Le Breton. Dans notre milieu, il y a un snobisme par rapport à ça et une inclinaison à privilégier le cinéma dit "d'auteur" - cela dit, ce sont des auteurs qui ont écrit et un auteur qui réalise [De père en flic 2]. On a besoin de ces locomotives pour ramener les gens au cinéma québécois. Si on veut qu'ils aillent voir le prochain Francis Leclerc [Pied nus dans l'aube, sur son père Félix], ça nous prend des films qui rappellent qu'il y a du cinéma grand public qui se fait.»
Patrice Robitaille: «La comédie n'est pas un sous-genre. Il ne faut pas bouder son plaisir.»
Patrice Robitaille ajoute que des acteurs comme Michel Côté et Yves Jacques, qui jouent dans le film, ont toujours été des modèles. «Ils ont fait des trucs populaires et d'autres plus pointus, mais toujours en gardant la même rigueur. [...] Il faut arrêter de penser que tout est cloisonné. La comédie n'est pas un sous-genre. C'est important. Il ne faut pas bouder son plaisir.»
«Il y a comme une fausse perception au Québec, renchérit-elle, qu'on peut gagner notre vie au cinéma. Il faut faire un peu de tout. À partir du moment où tu as le privilège de travailler, sois rigoureux, à ton affaire, respecte l'oeuvre dans laquelle tu es et sache dans quoi elle s'inscrit. Essaie de bonifier chaque scène. On a travaillé aussi fort là-dessus [dans De père en flic 2] que sur Victor Lessard
Mauvaise presse
N'empêche. Depuis deux étés, les films québécois qui prennent l'affiche sont des suites de films à succès plutôt que des créations originales. Ce qui dit quand même quelque chose sur notre cinéma. 
Julie Le Breton a un autre point de vue sur la question. «Je trouve qu'il y a beaucoup de mauvaise presse, qu'on s'acharne. On ne fait que parler des recettes faméliques de certains films. Il y a quelque chose de misérabiliste là-dedans et il faudrait renverser la vapeur. Il se peut que les gens aillent moins au cinéma, que l'offre soit plus grande avec Netflix, mais il n'y a quand même rien de mieux que d'aller s'asseoir dans une salle - c'est cathartique.»
«Je suis complètement d'accord avec toi, poursuit le natif de Québec. Ces films [comme De père en flic 2] qui sont parfois snobés, ce sont ceux qui poussent les gens à sortir. Pourquoi pose-t-on un regard hautain sur eux? Je ne comprends pas. J'étais emballé d'embarquer dans un tel projet. Et tu ne trouveras pas un acteur qui le fait qui n'a pas le goût que ça marche.»
Les spectateurs qui vont voir du cinéma populaire, disent-ils d'une même voix, n'ont pas les mêmes préoccupations que la critique ou les gens de l'industrie, Julie Le Breton et Patrice Robitaille compris. «Ils y vont pour se changer les idées et passer un beau moment. S'il y a de la substance, tant mieux. S'ils sont touchés, tant mieux aussi.»
Les deux artistes ne perdent pas de vue pour autant le cinéma indépendant. Ils tourneront ensemble en août dans le premier long métrage d'Ara Ball, auteur du court L'ouragan Fuck You Tabarnak! (finaliste au Jutra en 2014). Puis ils enchaîneront avec la deuxième saison de Victor Lessard.
Ne reste plus qu'à leur souhaiter la même longévité artistique que Denise Filiatrault et Dominique Michel...