David Lynch - La vie artistique: biographie autorisée ***

CRITIQUE / Avant de devenir un génie énigmatique du Septième Art, David Lynch fut peintre. En fait, le réalisateur de Blue Velvet et de Mulholland Drive n'a jamais cessé de l'être, continuant ses expériences plastiques surréalistes aussi bien que son exploration de la musique et de la photographie. David Lynch - La vie artistique (The Art Life) va ravir les inconditionnels, puisqu'il offre une opportunité inédite sur la genèse de sa carrière. Mais c'est probablement le principal intérêt de cette biographie autorisée.
Précisons d'ailleurs deux choses à propos du film de Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm. Le long métrage s'attardant aux premières années de Lynch, il n'est presque pas question de cinéma. Seule la création d'Eraserhead (1977), son film-culte d'horreur déjanté, y est évoquée. 
De plus, Lynch ayant lui-même fourni toute la matière, en plus d'assurer la narration et la musique, il s'agit d'un document presque hagiographique, sans aucune perspective critique ni contrepartie. A beau mentir qui raconte son histoire, surtout que le propos est parfois confus et redondant...
Ce qui n'est pas réellement dramatique dans le cas de Lynch, dont l'oeuvre joue beaucoup avec les questions de perceptions de la réalité. Le propos, parfois anecdotique, n'en révèle pas moins certaines choses intéressantes sur les obsessions et les sources d'inspiration de l'artiste. Le passé colore les idées, comme il le dit lui-même.
Né en 1946 à Missoula, Montana, et élevé dans une famille terriblement ordinaire, le jeune Lynch dessinait constamment. Il explique que sa mère ne lui a jamais acheté de cahier à colorier pour ne pas brimer sa créativité (ce qui explique peut-être son intérêt à dessiner en dehors des lignes cinématographiques...).
Asocial et souffrant d'une certaine phobie du monde extérieur, il va néanmoins étudier à la School of the Museum of Fine Arts de Boston, dont l'aspect trop conformiste le pousse rapidement à aller voir ailleurs. Soit à Philadelphie. Ville bizarre, sous forte tension raciale, «la New York des pauvres» va fournir un cadre idéal pour que l'artiste puisse éclore, malgré une peur constante. Ceci explique cela : c'est là qu'il va effectuer une transition vers la production de courts métrages et obtenir une bourse de l'American Film Institute qui va «changer sa vie».
Rien de bien neuf pour quiconque s'intéresse à Lynch. Si ce n'est pour comprendre d'où vient la brutalité qui bouillonne dans Wild at Heart (1990) ou Lost Highway (1997). 
En fait, le principal intérêt de La vie artistique demeure de voir les créations de Lynch, tant photographiques que picturales - il y a quelques collages assez sinistres-, souvent présentées en rafale. On peut aussi le voir à l'oeuvre, ce qui permet de découvrir à quel point il utilise ses doigts et ses mains directement sur la matière. 
Le documentaire est filmé intégralement au quotidien dans son studio à domicile et agrémenté de rares et innombrables images d'archives. Dont de ses films expérimentaux de jeunesse qui révèle déjà un penchant pour l'exploration de l'étrange. Intéressant mais pas transcendant.


Au générique
Cote: ***
Titre: David Lynch - La vie artistique (v.o.a.s.-t.f.)
Genre: documentaire
Réalisateurs: Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm
Classement: général
Durée: 1h30
On aime: le voile levé sur l'art du réalisateur
On n'aime pas: l'aspect confus du propos, l'aspect biographie autorisée