L’intensité du montage de Dans la brume n’a d’égale que la beauté des séquences tournées sur les toits de Paris.

Dans la brume: brouillard toxique ***1/2

CRITIQUE / Daniel Roby vient ajouter son nom à une liste de plus en plus consistante de réalisateurs québécois qui tournent à l’étranger avec «Dans la brume». Pour son premier film français, il livre une œuvre d’anticipation maîtrisée et rythmée, qui mise autant sur son climat anxiogène que sur l’efficace performance de Romain Duris (très incarné) et d’Olga Kurylenko dans les rôles-titres.

Les deux acteurs incarnent un couple séparé vivant l’un en face de l’autre pour mieux prendre soin de leur fille Sarah (Fantine Harduin), atteinte d’une maladie respiratoire rare qui la confine à un caisson stérile.

Jusqu’au jour où une brume mortelle, qui envahit les rues de Paris, les force à se réfugier dans l’appartement d’un couple de retraités, au dernier étage. Sans électricité et avec peu de vivres, le duo doit extirper Sarah de son environnement contrôlé avant que le manque de batteries la condamne à l’asphyxie — la brume a envahi sa chambre.

Or, les solutions sont plutôt rares dans ce monde post-apocalyptique, ce qui force ses parents à mettre de côté leurs différends. Mais le temps presse...

La principale force de ce long métrage réside dans la rareté des réponses explicites à ce qui s’y déroule. Par exemple, certains animaux semblent immunisés au gaz mortel, d’autres pas. Pourquoi? On ne sait pas. Mais, surtout, on ne connaît pas l’origine de ce fameux brouillard toxique. Un attentat terroriste ou une réaction de mère Nature aux changements climatiques? Allez savoir.

Sarah (Fantine Harduin) est atteinte d’une maladie respiratoire rare qui la confine à un caisson stérile.

L’efficacité du climat anxiogène, outre la mise en scène allumée de Roby, tient à ça et au fait que les personnages sont des gens ordinaires, qui doivent réagir à une situation extraordinaire. Et ils le font à la mesure de leurs moyens limités, des héros du quotidien qui ne cherchent qu’à protéger leur fille à tout prix.

Dans la brume aurait facilement pu basculer dans le ridicule — le scénario ne se distingue pas par son originalité dans les développements, parfois exagérés (malgré quelques rebondissements assez réussis) et les dialogues sont par moments d’une banalité renversante.

Souci du détail
C’est tout à l’honneur du réalisateur de Louis Cyr (2013) d’avoir pris grand soin de la forme, autant dans la précision de ses plans que le montage très efficace. Cette intensité n’a d’égale que la beauté des séquences tournées sur les toits de Paris — cette ville est cinématographique ou ne l’est pas (comme on a pu le voir dans le dernier Mission: Impossible).

La version présentée ici, différente de la française, est celle du réalisateur. On y voit une retenue et un souci du détail caractéristiques des films de Roby.

On ne se contera pas d’histoires: Dans la brume demeure un film de genre, donc codifié. Mais en restant à la hauteur de ces personnages et en évitant la surenchère hollywoodienne, il s’avère un agréable moment de cinéma, très efficace.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• TitreDans la brume

• Genre: anticipation

• Réalisateur: Daniel Roby

• Acteurs: Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin

• Classement: général

• Durée: 1h29

• On aime: la précision de la réalisation. La tension. Le jeu incarné de Duris

• On n’aime pas: la banalité des dialogues