Les chorégraphies de Climax sont hallucinantes.

Climax: Complètement dément ** 1/2

CRITIQUE / Le cinéma actuel est tellement aseptisé qu’on peut difficilement reprocher à Gaspar Noé ses extravagances et son goût de la provocation (gratuite). L’enfant terrible du cinéma français s’est encore lâché lousse avec Climax, l’équivalent d’un très mauvais trip d’acide. Sa réalisation est magistrale — sauf la fin cauchemardesque —, mais, malheureusement, il n’a rien à dire.

L’action se déroule à l’hiver 1996. Une troupe de danseurs urbains se retrouvent dans un local de répétition isolé en forêt à la veille de leur départ pour une tournée. Histoire de décompresser, ils s’offrent une fête — qui dégénèrent après que la troupe ait été droguée à son insu…

L’humanité cède le pas aux pulsions animales, à la violence et à la paranoïa alors que les victimes s’enfoncent dans une chute aux enfers que rien ne semble pouvoir arrêter.

Petit retour en arrière. Le long métrage débute avec un long plan fixe d’un téléviseur où défile en entrevue la quinzaine de danseurs au centre de Climax. L’intérêt de cette introduction est toutefois ailleurs : dans les livres et les cassettes vidéos qui entourent la télé.

Passons sur Suicide, mode d’emploi (1982) de Claude Guillon et Yves Le Bonniec, qui relève de la provocation, et retenons la présence de Possession (1981) d’Andrzej Żuławski et Suspiria (1978) de Dario Argento — deux «classiques» du cinéma en leur genre.

Noé s’est clairement inspiré du deuxième sur le plan esthétique. Son drame est noyé dans les tons de rouge — couleur de la sangria qui sert à droguer tout le monde. Mais aussi pour évoquer le monde de la danse et des corps libérés des contraintes habituelles du mouvement. Les chorégraphies élaborées sont tout simplement hallucinantes, dont la première tournée en un plan-séquence qui donne le vertige.

Du film de Żuławski, le sulfureux Noé (Irréversible, Love…) fait écho au titre explicite et à la notion de transgressions. Mais alors que Possession se révèle riche en interprétations, Climax ne dépasse guère le premier niveau de lecture malgré les pseudo-interrogations métaphysiques du cinéaste. On peut y voir une allégorie de la désintégration du tissu social, à la limite. Ou le prendre pour ce qu’il est : une soirée de débauche (involontaire) qui tourne très mal, dont les dialogues les scènes sont largement improvisés. Et ça paraît.

À ce propos, rien ne nous est épargné. Et ça dure longtemps. Jusqu’au climax. Les 15 dernières minutes, qui veulent induire une transe chez le spectateur avec son aspect hypnotique, sont carrément insupportables, dans sa surcharge visuelle et dans sa violence (surtout psychologique, mais aussi dans son overdose de cris d’angoisse).

Ce qui n’empêche pas de voir aussi le reste. Le réalisateur français est un virtuose de la caméra. Non seulement dans sa façon de passer d’un protagoniste à l’autre de façon fluide, mais aussi dans la multiplication des cadrages inusités et révélateurs.

Sa façon de filmer les chorégraphies est vertigineuse. Sur fond de musique techno et disco (faut aimer le boom, boom, boom), celles-ci puisent aux danses de rues (le voguing, popularisé par Madonna, et le krump) avec leurs mouvements saccadés et explosifs.

Noé met aussi de l’avant son collectif d’acteurs plutôt que d’insister sur deux ou trois protagonistes principaux. Et côté diversité, difficile de faire mieux.

Gaspar Noé aime choquer. L’inconfort qu’il génère rappelle que le cinéma est aussi un art transgressif (qui se perd). On lui en sait gré, mais ce serait bien qu’il élève son propos.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Climax

Genre : Drame

Réalisateur : Gaspar Noé

Acteurs : Sofia Boutella, Romain Guillermic, Soheila Yacoub

Classement : 16 ans +

Durée : 1h37

On aime : la réalisation de virtuose. Les chorégraphies vertigineuses.

On n’aime pas : la provocation gratuite. Le propos qui tourne à vide. La finale cauchemardesque.