Émile Zola (Guillaume Canet) et Paul Cézanne (Guillaume Gallienne), deux géants artistiques du XIXe siècle, ont entretenu une tumultueuse amitié tout au long de leur vie.

Cézanne et moi: sombre portrait **1/2

CRITIQUE / Quand j'ai reçu, en début d'année, une vingtaine de films français à visionner, je me suis précipité sur Cézanne et moi. J'ignorais que Paul Cézanne et Émile Zola, deux géants artistiques du XIXe siècle, avaient entretenu une tumultueuse amitié tout au long de leur vie. De ce sujet très fort et prometteur, Danièle Thompson livre malheureusement un long métrage peu inspiré et empesé, sauvé par l'incroyable incarnation de Guillaume Gallienne en Cézanne.
La réalisatrice prend prétexte la publication du roman L'oeuvre, en 1886, par Zola (Guillaume Canet). L'auteur s'est largement inspiré de Cézanne, qu'il dépeint sous un mauvais jour. Outré, le peintre se rend chez son ami où il le confronte, le traitant de voyeur et de voleur. Cette fin de semaine, où les deux créateurs exceptionnels règlent leur compte, va servir de prétexte à un retour sur leur destin commun.
Et quel destin! Pourtant, tout les oppose dans leur jeunesse. Cézanne est un fils de bourgeois, provocateur et irascible, alors que Zola, d'un milieu modeste, est froid et austère. Ils vont pourtant amorcer une relation amour / haine basée autant sur l'admiration que la jalousie, se jugeant et s'affrontant sans cesse. Comme des aimants qui s'attirent autant qu'ils se repoussent.
Le sujet est d'autant plus fascinant que l'auteur de Germinal, très rapidement, connaît un succès phénoménal, basé sur son exploration du naturalisme, et tout ce qui vient avec: popularité, argent, reconnaissance... Le peintre impressionniste qui se cherche souffre beaucoup du rejet et de l'incompréhension de son oeuvre, s'enfonçant dans la dépression, la pauvreté et massacrant ses toiles pour exprimer sa rage. Pour ajouter l'insulte à l'injure, Zola marie Alexandrine (Alice Pol), la femme que Cézanne a aimée...
«Je voudrais peindre comme tu écris», lance Cézanne à Zola - le film se veut aussi une réflexion, pas assez approfondie toutefois, sur la création. Les deux veulent mettre au monde une oeuvre considérable, s'inscrire dans leur temps autant que dans une pérennité (ils y sont arrivés de façon magistrale), mais souffrent de leur ambition démesurée. Ce qui laisse peu de place pour la vie en général et l'amour en particulier.
Réalisation trop sage
Le film de Danièle Thompson (Fauteuils d'orchestre) restitue à merveille l'ambiance et les décors de l'époque - elle a pu tourner dans la maison de Zola à Medan et dans les paysages d'Aix qui ont inspiré Cézanne. Il y a de beaux plans, ici et là, mais la réalisation trop sage et policée ne réussit pas à exprimer toute la souffrance et la beauté qui jaillissent sous la plume et le pinceau des deux artistes.
Heureusement, des dialogues souvent vifs, parfois acerbes, restituent bien les hantises et l'affection que le duo se porte. C'est toutefois l'interprétation stupéfiante de Gallienne (Les garçons et Guillaume, à table!) en Cézanne, qu'il incarne avec un talent fou jusque dans les excès de colère d'un homme profondément blessé, qui fascine. Canet (L'homme qu'on aimait trop) a moins de marge de manoeuvre, mais il réussit tout de même à camper un Zola dont la carapace se fissure de partout avec l'âge.
À défaut d'une réalisation transcendante, Danièle Thompson aura eu le mérite de nous offrir un film qui nous raconte une relation fascinante, plus grande que nature. C'est déjà pas mal.
Au générique
Cote: **1/2
Titre: Cézanne et moi
Genre: drame biographique
Réalisatrice: Danièle Thompson
Acteurs: Guillaume Gallienne, Guillaume Canet et Alice Pol
Classement: général
Durée: 1h54
On aime: l'incarnation stupéfiante de Gallienne, les splendides plans d'Aix
On n'aime pas: les longueurs, la mise en scène empesée, un sujet gâché