<em>C’est ça le paradis? </em>raconte les déboires d’un réalisateur, joué par Elia Suleiman, en quête d’argent pour son film intitulé... <em>C’est ça le paradis? </em>
<em>C’est ça le paradis? </em>raconte les déboires d’un réalisateur, joué par Elia Suleiman, en quête d’argent pour son film intitulé... <em>C’est ça le paradis? </em>

C’est ça le paradis?: voyage en Absurdistan ***

CRITIQUE / Elia Suleiman est revenu à Cannes en 2019, après 10 ans d’absence, avec sous le bras C’est ça le paradis ? (It Must Be Heaven). Sa comédie absurde et grinçante a recueilli une mention du jury et un prix de la critique internationale. Un bon moment de bonheur cinématographique qui raconte les déboires d’un réalisateur en quête d’argent pour son film intitulé… It Must Be Heaven !

Le cinéaste d’Intervention divine (2002) joue son propre rôle dans ce film divisé en trois actes entre la Palestine, Paris et New York. Il s’agit, bien sûr, d’un commentaire éditorial sur la difficulté de financer le cinéma d’auteur (quatre longs métrages seulement en 25 ans), mais Suleiman en profite aussi pour distiller quantité d’observations sur la nature humaine, notamment sur ce qu’il y a derrière les apparences.

La critique a souvent évoqué les ressemblances de ses films avec ceux de Buster Keaton (pour ses mimiques d’homme imperturbable et taciturne) et de Jacques Tati — pour son personnage silencieux au cœur de situations loufoques.

Son point de vue devient le nôtre par cet astucieux dispositif qui repose sur le pouvoir évocateur des images : souvent filmé en plan de réaction, son visage presque immobile offre un contrepoint à ce que se déroule sous ses (nos) yeux.

Les dialogues sont réduits au strict minimum et le spectateur peut se concentrer sur les observations caustiques qui révèlent bien des travers. Les policiers s’avèrent une de ses cibles favorites, eux qui adoptent des comportements déroutants peu importe le continent où ils travaillent. Rien de bien neuf, toutefois.

Les policiers s’avèrent une des cibles favorites du film.

Le témoin un peu attentif reconnaîtra Montréal maquillée en New York, d’autres Nancy Grant, la productrice de Xavier Dolan, dans le rôle… d’une productrice. Ironiquement, on entend Darkness du regretté Leonard Cohen, un grand Montréalais, pendant ce segment.

Malgré son aspect naturaliste, C’est ça le paradis? compte sur quelques trucages judicieusement utilisés. Notamment quand Suleiman regarde par la fenêtre de son avion et qu’il voit une aile pliant dangereusement ou avec l’oiseau qui sautille sur sa table de travail…

Outre son imagerie décalée, l’originalité de la démarche réside aussi dans des points de vue inhabituels. Comme lorsque le réalisateur filme les rues de Paris pratiquement désertées (des images qu’on a pu voir pendant la pandémie, mais qui ont une tout autre résonnance dans le contexte du long métrage). Plusieurs des plans sont absolument superbes.

Elia Suleiman abuse toutefois du procédé, ce qui confère au film un aspect répétitif qui devient lassant. Il ne se place pas à l’abri des clichés non plus comme ce défilé de «mannequins» dans la rue au ralenti sur l’air d’I Put a Spell on You de Sreamin’ Jay Hawkins ou ce couple de Japonais qui cherche leur appartement loué sur une plateforme en ligne.

Le film réussit tout de même l’exploit de boucler la boucle. Tout dépendra de l’état d’esprit de celui qui regarde. Mais plusieurs ont besoin d’une certaine légèreté poétique en ce moment.

C’est ça le paradis? est disponible sur la plateforme du Cinéma du Parc.

Au générique

Cote: ***

Titre: C’est ça le paradis?

Genre: comédie

Réalisateur: Elia Suleiman

Acteurs: Elia Suleiman, Gael García Bernal, Nancy Grant

Durée: 1h42