Cemetery of Splendour est visuellement splendide, même si son déroulement y est confiné dans un lieu relativement restreint - l'hôpital et ses alentours.

Cemetery of Splendour: méditation cinématographique ***1/2

CRITIQUE / Ceux qui connaissent le cinéma d'Apichatpong Weerasethakul ne seront pas dépaysés par Cemetery of Splendour (Rak ti Khon Kaen). Les autres risquent d'être complètement déboussolés par cette méditation cinématographique sur la mort, la maladie et les niveaux de conscience. Film mystique, Cemetery est une oeuvre à contretemps et à contrecourant de ce qu'on voit habituellement en salle. Mais faut être réceptif à ce genre d'expérience...
Le Thaïlandais est considéré comme un réalisateur majeur du début du XXIe siècle. Il a remporté trois prix au Festival de Cannes, dont une surprenante Palme d'or pour Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, en 2010 (six ans plus tard, mon collègue Normand Provencher n'en revient pas encore).
Bien honnêtement, je le comprends. Cemetery of Splendour, c'est le degré zéro de l'action. Il faut dire qu'en partant, un film sur des soldats qui souffrent d'une mystérieuse maladie du sommeil n'annonce rien de palpitant - gros moment: il y en a un qui pique du nez dans son assiette...
On décrit souvent le cinéma de Weerasethakul comme une expérience sensorielle. Il travaille énormément sur les textures lumineuses, jouant des reflets et des ombres, et son univers sonore, composé de bruit ambiant et de musique. Des plans-séquences, cadrés large, permettent au spectateur de s'immerger dans l'oeuvre et de se perdre dans cet univers poétique très particulier.
Cemetery of Splendour se décrit difficilement, mais il y a tout de même une trame. Dans un hôpital provisoire où sont traités les soldats, Jenjira (Jenjira Pongpas, actrice fétiche du cinéaste) s'occupe d'Itt (Banlop Lomnoi), qui ne reçoit pas de visite. La bénévole se lie d'amitié avec Keng (Jarinpattra Rueangram), une médium qui entre en contact avec les hommes endormis au bénéfice de leurs proches.
Avec son aide, Jenjira découvre que l'hôpital de fortune est construit sur un cimetière de rois dont les esprits drainent l'énergie des soldats... Une visite virtuelle d'un château attenant permet au réalisateur de proposer une réflexion sur le rapport du spectateur à ce qui est montré à l'écran et la place de l'imaginaire dans ce qu'il voit.
Exploration du spirituel
Fort bien. Mais là où je décroche, c'est dans cette exploration du spirituel entre les différentes perceptions de la réalité et du temps. Certains vont aimer; moi, je trouve ça un peu trop fort sur la poudre de perlimpinpin (je suis trop cartésien pour ce genre de considérations).
On s'entend: Cemetery of Splendour est visuellement splendide, même si son déroulement y est confiné dans un lieu relativement restreint (l'hôpital et ses alentours). Et le dépaysement est bienvenu - sauf que l'exotisme a ses limites, surtout quand il nappe un récit où il ne se passe pratiquement rien.
Certains diront que c'est la beauté de la chose - un moment hors du temps, une pause poétique loin du tumulte de nos vies. L'oeuvre d'art de Weerasethakul est hypnotique (soporifique?) et énigmatique, comme rêver les yeux grands ouverts. Libre à chacun d'y puiser ce qu'il veut.
***
Au générique
Cote: *** 1/2
Titre: Cemetery of Splendour (v.o.s.-t.f.)
Genre: drame poétique
Réalisateur: Apichatpong Weerasethakul
Acteurs: Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi et Jarinpattra Rueangram
Classement: général
Durée: 2h02
On aime: la poésie visuelle, les grandes qualités cinématographiques, l'aspect énigmatique
On n'aime pas: l'aspect spirituel, le rythme indolent