«Le film parle beaucoup du vin et ceux qui le font, mais, au fond, c'est un film qui est plus sur les rapports et les liens familiaux», affirme le réalisateur Cédric Klapisch.

Cédric Klapish, comme un bon vin

Trois années ont passé depuis notre dernière rencontre avec Cédric Klapisch à Paris, par une journée maussade de janvier, pour la promotion de Casse-tête chinois, fin de la trilogie des tribulations de Xavier (Romain Duris) après L'auberge espagnole (2001) et Les poupées russes (2005). Contraste saisissant : il faisait un temps resplendissant à Québec mardi et le cinéaste français rayonnait, manifestement heureux de ce Retour en Bourgogne qui marque une rupture avec ses films précédents. Ne manquait qu'un verre de vin à cet entretien chaleureux.
Eh oui! ce long métrage se déroule dans un vignoble, comme y fait indirectement référence le titre québécois. Ailleurs, il s'intitule Ce qui nous lie, référence autant au vin qu'aux liens des protagonistes. L'homme de 56 ans hausse les épaules. «Ça vient du distributeur. Je ne juge pas.»
Il y a effectivement un retour, celui de Jean (Pio Marmaï) après une absence de 10 ans, qui retrouve sa soeur Juliette (Ana Girardot) et son frère Jérémie (François Civil) à la mort de leur père, juste avant les vendanges. En l'espace d'un an, au rythme des saisons, les trois jeunes adultes vont apprendre à réinventer leur fratrie et à mûrir.
«Le film parle beaucoup du vin et ceux qui le font, mais, au fond, c'est un film qui est plus sur les rapports et les liens familiaux. [Jean] est un jeune père qui s'aperçoit qu'il ne peut être un père sans régler les problèmes qu'il a avec son père. Et le vin est une métaphore de ça, ce côté passage du temps, transmission», dit celui qui trace un parallèle entre le cycle de la vie et celui de la vigne (dont la longévité est semblable à celle de l'humain).
Retour en Bourgogne aborde inévitablement le thème de l'incommunicabilité. «À partir du moment où il y a des non-dits, ça fabrique de la souffrance et des conflits. C'est ce qui se passe dans le film. C'est quelqu'un qui a clairement des blessures de l'enfance et qui va apprendre à parler. À partir du moment où les choses sont énoncées, il n'y a plus tellement de problèmes», rigole le réalisateur.
Accent documentaire
Le changement n'est pas radical - on retrouve le même art du cinéaste à rendre ses personnages attachants. Mais ils évoluent à la campagne, pas en ville. Et pour les interpréter, Klapisch a délaissé ses acteurs habituels. Il y a aussi un accent documentaire, ce qui n'est pas étranger au fait que le cinéaste en a tourné plusieurs ces dernières années.
«Certainement. Il y a des techniques, quand on fait du documentaire, où il faut capter le moment présent. Là, les vendanges, il y a eu quatre jours de tournage documentaire pur. Ensuite, on a mélangé ça avec des scènes écrites et des parties dialoguées. Parfois, il y avait des choses totalement improvisées.»
Par contre, les séquences de doublage, les plus hilarantes du film, étaient très écrites. En deux occasions distinctes, les frères imaginent un dialogue sur une scène qui se déroule à distance sous leurs yeux. Cédric Klapisch s'est inspiré de vacances avec deux amis. 
«On était dans un café. Un de nous a décidé d'aller draguer une fille sur le bord de la plage et on voyait que ça commençait à prendre. Du coup, avec mon copain, on a doublé le dialogue de ce qui se déroulait à 200 mètres. Les gens du café ont commencé à rigoler. Et il y a un moment où il lui a séché le dos avec sa serviette et tout le monde s'est mis à applaudir (rires). Je me suis toujours dit que ce serait un truc qu'il faudrait que j'utilise.»
L'homme a aussi puisé dans son enfance - son père, qui aime bien le vin, amenait ses deux soeurs et lui en Bourgogne. «C'est vraiment lui qui m'a initié à la culture du vin et son apprentissage. [...] Pour parler du rapport que j'avais avec mon père, c'était le sujet qui était le plus évident.»
Cette connaissance approfondie de la région, et le sujet, l'a incité à tourner chronologiquement sur un an. «On était esclaves de la nature. Vous ne pouvez pas complètement prévoir, même si vous avez une idée de la période. On était vraiment en attente des couleurs de l'automne, quand le printemps commence, des vendanges...»
Vers une «vraie comédie»
Il y a trois ans, Cédric Klapisch me confiait qu'il avait «le goût d'aller voir ailleurs». Il poursuit dans cette veine. Outre une série télé, qu'il espère tourner à Brooklyn, le réalisateur écrit «une vraie comédie» avec Santiago Amigorena, le coscénariste de Retour en Bourgogne. «J'ai assez envie de quitter un registre plus réaliste pour aller vers quelque chose de plus dingue.»
Un Klapisch qui se bonifie avec l'âge... Pourquoi pas!
Un moment de floraison
Ana Girardot et Pio Marmaï pendant le tournage de <i>Retour en Bourgogne </i>«On était esclaves de la nature, raconte Cédric Klapish. On était vraiment en attente des couleurs de l'automne, quand le printemps commence, des vendanges...»
Retour en Bourgogne accorde une large place à l'aîné de la famille, mais il fait aussi une belle place à la cadette Juliette, jeune femme qui s'impose progressivement dans un monde d'hommes, interprété avec beaucoup de conviction par Ana Girardot (Un homme idéal). «C'est une réalité. Il y a 20 ans, c'était très dur pour les femmes. C'était très masculin. Ça ne l'est plus du tout, même si on n'est pas encore au 50-50. Il y en a tellement qui ont prouvé qu'elles faisaient du meilleur vin qu'il n'y a plus ce problème-là. Juliette est dans cette mouvance. Elle a 27 ans et il faut qu'elle prouve à ses deux frères qu'elle est plus douée qu'eux. C'est une femme moderne, tout en étant extrêmement féminine. Je dois avouer que c'est beaucoup ce qui s'est passé avec Ana, qui a défini le rôle. Au début, elle était plus en retenue. Puis il y a eu un moment de floraison où il s'est passé ce qui se passe dans le film. C'était assez beau à regarder.» 
Retour en Bourgogne prend l'affiche le 29 septembre.