La réalisatrice Catherine Corsini.

Catherine Corsini: Quand la passion l’emporte sur la raison

PARIS — Peut-on trop aimer? Cette question est au cœur de la bouleversante adaptation d’Un amour impossible (2017) que livre Catherine Corsini dans le film du même nom. Le Soleil a rencontré la réalisatrice de 62 ans pour discuter de la passion dévorante qui l’emporte parfois sur la raison et de la complexité des relations mère-fille au cœur d’une relation perverse.

Un amour impossible évoque la relation tumultueuse entre Rachel (Virginie Efira), villageoise crédule, et Philippe (Niels Schneider), un bourgeois manipulateur. Ils ont une fille. Il fuit ses responsabilités. Elle est incapable de renoncer à son amour.

«Quand j’ai refermé le livre, j’ai été bouleversée.» Peut-être parce que «j’ai à peu près le même âge que l’auteure [Christine Angot]» — et que la narration est au «je».

La réalisatrice de La belle saison (2015) s’est tout de suite demandé si elle serait capable de restituer cette émotion, «tout ce que j’ai traversé» en le lisant. «C’est revoir sa vie, revoir celle de sa mère. Comment on résume la vie de quelqu’un qu’on a aimé? Qu’est-ce qu’on choisit pour l’illustrer?»

D’où un important travail sur les ellipses et la voix hors champ, afin de condenser ces quatre décennies en deux heures et des poussières. «C’est un travail très minutieux, mais très excitant.»

Reste qu’Un amour impossible, comme son titre l’indique, se concentre surtout sur ce brasier qui enflamme Rachel. La passion et ses conséquences sont des constantes dans l’œuvre de Catherine Corsini.

«La passion, c’est parfois se méprendre. Celle de Rachel est un peu nocive, comme un drogué qui va vers sa dose. Elle se fait malmener, mais elle y retourne parce qu’elle a une mauvaise image d’elle.» Et parce qu’elle est conditionnée par ses origines, la relation trouble avec son père.

«J’ai beaucoup pensé à une de mes tantes qui a eu une vie sentimentale très malheureuse et qui, déjà, a été une enfant pas très aimée. Ce sont toutes ces choses qui m’ont beaucoup touchée.»

Heureusement, Rachel n’est pas dépeinte comme une seule victime. Résiliente, courageuse, la mère monoparentale, dans la France des années 1960, réussit tout de même à s’affranchir de sa condition sociale. Elle souffre néanmoins de la relation malsaine que sa fille entretient avec son père, un véritable salaud.

Rachel (Virginie Efira) a une petite fille avec Philippe (Niels Schneider), un bourgeois manipulateur qui fuit ses responsabilités.

«C’est mon film le plus ample, le plus complexe, une histoire de la domination des hommes sur les femmes.»

Un rapport qui n’a pas changé tant que ça, croit-elle. «Il se monnaye un peu différemment. Mais on voit bien depuis l’affaire Weinstein et les choses qui ressortent que la domination masculine est bien présente. Le rapport de classes, entre les pauvres et les très riches, existe encore. Comme la classe moyenne s’effrite, l’affrontement est encore plus vif.

«Dans le cinéma, c’est la même chose. On nous a beaucoup parlé du cinéma du milieu [entre petit film d’auteur et production à gros budget], dans lequel je suis, mais il est de plus en plus étroit. C’est Godard qui disait, s’il n’y a plus de centre, les marges explosent.»

Pas Efira d’emblée

Évidemment, pour un tel drame, le choix de l’actrice principale est crucial. Catherine Corsini ne voyait pas, en plus, quelle interprète pouvait jouer une femme de 27 à 70 ans. Le choix de Virginie Efira (Elle, Le grand bain...), dont la carrière prend du galon à chaque film, ne s’est donc pas imposé d’emblée. «Je croyais qu’elle ne faisait que des comédies nunuches.»

Une émission de radio commune va complètement changer sa perspective. «Elle était hyperintelligente. Et elle a aussi la beauté, la dignité et la force.» Une journée d’essai va finir par la convaincre. «C’était très inattendu. Je ne pensais jamais, un jour, faire un film avec Virginie Efira. Comme quoi il ne faut pas avoir d’idées préconçues.»

Quant à Niels Schneider, le Franco-Québécois (Les amours imaginaires) a profité du retrait de l’acteur pressenti pour Philippe «parce qu’il avait peur du rôle».

«Je le trouvais trop jeune [31 ans], mais il m’a complètement emporté. Il avait ce charme, cette morgue… Les rôles de salaud, pour les acteurs, c’est vertigineux. Pendant le tournage, vers la fin, il n’en pouvait plus. Il était très troublé. C’est un acteur atypique et humble, qui me plait énormément.»

Un amour impossible prend l’affiche le 5 avril

Les frais de ce reportage sont payés par Unifrance