Alexandre Castonguay livre une performance coup de poing dans la peau d’un toxicomane réduit à quêter pour pouvoir atténuer son manque chronique.

Ca$h Nexu$: Les frères ennemis ** 1/2

CRITIQUE / François Delisle pratique un cinéma d’auteur sans compromis, avec tous les risques qui viennent avec. Un art d’équilibriste qui donne de magnifiques résultats (Le météore, Chorus…), mais qui entraîne parfois le cinéaste dans sa chute. C’est le cas avec Ca$h Nexu$, drame urbain implacable et incandescent qui perd toutefois son souffle et son spectateur quand le récit s’égare et s’enfonce dans les redites.

Le réalisateur québécois traque ces dernières années la souffrance et le mal de vivre. Encore plus dans ce septième long métrage, qui met en scène deux frères aux antipodes.

C’est d’abord Jimmy (Alexandre Castonguay) qui fait son apparition. Sans abri toxicomane, il est réduit à quêter pour pouvoir atténuer son manque chronique. Son frère aîné Nathan (François Papineau), qui le croit mort, voit apparaître son benjamin entre deux rangées de voitures.

L’aîné, chirurgien bien nanti, éprouve du dégout, mais il devra bientôt composer avec le retour de Jimmy auprès de leur père (Guy Thauvette), un vieil homme malade et aigri. Les deux frères, que tout sépare, souffrent du départ inexpliqué de leur mère alors qu’ils étaient enfants et du silence subséquent du paternel.

Les défonces de Jimmy, qui hallucine sa mère, servent d’ailleurs d’amorce à des séquences oniriques qui expliquent leurs blessures vives. Le premier, une âme sensible, s’enfonce dans la spirale de l’autodestruction alors que le second, coupé de ses émotions, est un zombie indifférent à ce qui l’entoure, à commencer par sa conjointe au grand cœur (Evelyne Brochu).

Sous ce ciel très sombre de solitude, de manques affectifs, d’incommunicabilité et des rivalités fraternelles, les percées de soleil sont rares. D’autant que François Delisle filme en gros plan la détresse de ses protagonistes.

Le cinéaste ne fait aucune concession sur le sordide des injections à répétition de Jimmy et des passes de prostitution (comme l’a fait, en plus réussi, Rodrigue Jean avec L’amour au temps de la guerre civile, en 2015). Ce n’est pas pour tout le monde, avec, en prime, opération et avortement...

La caméra de Delisle colle ses acteurs, très investis. En particulier Alexandre Castonguay, qui livre une performance coup de poing, se fondant dans ce Jimmy christique avec ses barbelés tatoués sur le front comme une couronne d’épines. L’acteur a une présence magnétique rare, qu’on gagnerait à voir plus souvent à l’écran, petit ou grand.

Malheureusement, cette forte incarnation ne réussit pas à sauver le film. L’impact du récit est dilué par les longueurs et les répétitions. Il s’enfonce aussi dans des travers peu plausibles vers la fin, éliminant au passage un personnage secondaire qui disparaît complètement du paysage…

Allusif depuis le début, Delisle surexplique les tenants et aboutissants plus le long métrage avance et s’éternise.

S’ajoutent de petits irritants comme des dialogues parfois plaqués et une finale peu intelligible.
François Delisle a un courage cinématographique rare. Que Ca$h Nexu$ soit un film mineur dans son œuvre est dommage, mais ça n’enlève rien à la valeur de celle-ci.

Au générique

Cote : ** 1/2
Titre : Ca$h Nexu$
Genre : Drame
Réalisateur : François Delisle
Acteurs : Alexandre Castonguay, François Papineau, Evelyne Brochu, Guy Thauvette
Classement : 16 ans +
Durée : 2h04
On aime : le magnétisme de Castonguay. L’approche sans compromis.
On n’aime pas : les redites. Les longueurs. La perte de vraisemblance dans le dernier acte.