L'actrice Charlize Theron offre une superbe performance physique dans le rôle de l'agente Lorraine Broughton.

Blonde atomique: double jeu

CRITIQUE / On a vu ce drame d'espionnage 24 fois, si on fait exception du manque d'humour et du fait que l'as des services secrets est une femme : ça s'appelle James Bond. En plus violent, gratuitement : ça s'appelle John Wick - le premier long métrage qu'a réalisé David Leitch, d'ailleurs. Heureusement, il y a Charlize Theron, pour qui Blonde atomique (Atomic Blonde) est taillé sur mesure.
La splendide actrice sud-africaine, plus incarnée en superhéroïne dans Mad Max : La route du chaos (Miller, 2015), se glisse dans la peau de Lorraine Broughton, une agente du MI6 britannique. En 1989, alors que vacille le mur de Berlin, la blonde-espionne est chargée de retrouver une liste secrète qui contient le nom d'agents occidentaux, mais surtout, celui d'une taupe.
Sur place, elle doit coopérer avec le chef de la station de Berlin, David Percival (James McAvoy, plutôt bien), un espion fantasque qui n'en fait qu'à sa tête. Le niveau de confiance frôle le zéro et chacun tente d'accomplir la mission à sa façon. La volontaire Broughton trouvera une alliée en la personne de Delphine Lasalle (Sofia Boutella), une espionne française qui a le sang chaud...
Il aurait été facile pour Theron d'en faire trop, mais l'actrice oscarisée pour Monster (Patty Jenkins, 2003) reste juste assez suave tout au long de sa prestation. Elle a le regard qui tue en incarnant cette femme indépendante et racée comme une panthère qui bouffe ses proies toutes crues. 
Convenu et prévisible
Leitch la filme évidemment sous toutes ses coutures, tout en se concentrant sur le récit qui emprunte la forme ultra-classique du débreffage de l'agent à ses patrons en long retour en arrière.
Le réalisateur s'est retenu tout le long de ce drame d'espionnage convenu et trop souvent prévisible. Mais dans la dernière demi-heure, Leitch n'a pu s'empêcher de pulvériser l'écran d'hémoglobine - ça gicle dans la caméra, rien de moins. Cet abus de gore et de sauvagerie devient tellement exagéré que plusieurs spectateurs n'ont pu s'empêcher de rigoler à la projection. Ce qui n'est généralement pas un bon signe.
Ces méchants qui ne veulent pas mourir étaient aussi indestructibles que Lorraine en personne. Le niveau général de tolérance est assez élevé quand on s'est nourri de films du genre, mais la blonde atomique surpasse John McClane (le héros des Die Hard)! Même s'il s'agit d'une adaptation de roman graphique (The Coldest City), il y a toujours bien des limites.
D'autant que le scénario manque souvent de crédibilité, même si on n'est pas trop regardant. Par contre, la propension très racoleuse à filmer les héroïnes en petite tenue fait parfois penser à une pub de lingerie de luxe...
Il faut toutefois avouer que la longue feuille de route de Leitch comme cascadeur lui permet de maîtriser avec beaucoup d'habiletés les scènes d'action - il n'arrive toutefois pas à la cheville d'Edgar Wright (Baby le chauffeur). Reste que Blonde atomique étire la sauce à n'en plus finir. Et que la finale, assez punchée, ouvre la porte à une suite (Theron coproduit d'ailleurs Blonde atomique).
Il reste bien peu de choses à la fin de la projection, même si on tente de tracer une morale à la noix sur la vérité et le mensonge au moment où s'effondrait le communisme. Peut-être un vague ennui d'avoir vu encore une fois un film qui manque cruellement d'originalité. Une chance que la trame sonore, de New Order à The Clash, en passant de David Bowie, est impeccable. Ça aide à passer le temps.
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Au générique
Cote : **1/2
Titre : Blonde atomique
Genre : drame d'espionnage
Réalisateur : David Leitch
Acteurs : Charlize Theron, James McAvoy et Sofia Boutella
Classement : 13 ans +
Durée : 1h55
On aime : l'impeccable trame sonore, la performance physique de Theron
On n'aime pas : l'abus de tout, le récit peu crédible, l'aspect racoleur